Julie, 17 ans, lycéenne: “La mobilisation est difficile car la crainte des sanctions s’est installée”

Paris, 20 décembre 2019. Julie* pose devant le lycée Henri Bergson. © Audrey Delaporte
Paris, le 20 décembre 2019. Julie* ne peut pas témoigner à visage découvert par crainte des représailles. © Audrey Delaporte

En plus des violences policières, les risques de sanctions administratives et scolaires pèsent lourdement sur l’engagement des lycéens. Julie*, élève au lycée Henri-Bergson, Paris XIXe, avait déjà milité contre la réforme du sytème d’orientation postbac (Parcoursup), en 2018. Aujourd’hui, elle souhaite s’engager dans la mobilisation contre la réforme des retraites, mais ne se sent pas libre de le faire.

C’est en 2017 que ma conscience politique s’est éveillée. Le lycée était alors bloqué par les élèves pour protester contre le système d’orientation Parcoursup.  C’est l’algorithme qui organise l’affectation postbac des lycéens en tenant compte des absences, des commentaires et des sanctions qui sont recensées dans un dossier électronique.

En décembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes a provoqué des blocages quotidiens pendant des semaines. Il m’est arrivé, un jour, pour tenter de fédérer les lycéens, de prendre la parole. Dès le lendemain, ma mère a reçu un appel du lycée pour nous convoquer cinq jours plus tard, au motif d’une “faute disciplinaire grave”, sans plus d’explications.

Le rendez-vous a été un moment difficile. Je me suis sentie infantilisée, soumise à un discours moralisateur, plus axé sur mes convictions politiques que sur la discipline. On a tenté de me convaincre du bienfait des réformes dans l’éducation. J’ai finalement écopé d’une “exclusion avec sursis”. Je ne sais toujours pas aujourd’hui si elle est inscrite dans mon dossier, et pourrait de fait compromettre mon orientation. Mes parents ont durci le ton, j’ai donc cessé de participer aux actions.

Mes convictions sont intactes et j’ai toujours envie de les défendre. Nous ne voulons pas être infantilisés ni dépossédés de nos luttes. Nous sommes concernés, et nous le sommes maintenant. Plus tard il sera trop tard. Il y a eu d’autres convocations de la sorte et malheureusement la crainte des sanctions s’est installée chez les lycéens: chacun veille à ne pas entacher son dossier. L’établissement a été bloqué le 4 décembre 2019 mais la mobilisation est difficile.

*Le prénom a été modifié.

Propos recueillis par Thibault d’Argent

 

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