Rungis: les poissonniers s’alarment de la chute des ventes depuis le début de la grève

Rungis, le 17 décembre 2019, Pavillon de la Marée. Les grèves et la tempête laissent présager des problèmes d'approvisionnement. © Marion Esquerre

Les perturbations actuelles bouleversent fortement l’activité dans l’immense centrale d’achat de frais de la banlieue parisienne. Les poissonniers constatent une baisse de la consommation, et le risque d’une prochaine tempête en mer ne fait qu’accroître leurs inquiétudes.

C’est la branlée aujourd’hui, regardez ma feuille de commande. Normalement, c’est deux fois plus”, se désole William, employé chez J’Océane, un des 33 grossistes de la marée de Rungis (94). À une semaine des fêtes de fin d’année, les grossistes et les poissonniers s’inquiètent déjà d’une baisse de la consommation. Les professionnels blâment les grèves et la morosité qui en découle. Ils craignent aussi que la situation n’empire si les tempêtes marines continuent : les prix risquent d’augmenter d’ici au 24 décembre, et donc de freiner les acheteurs potentiels, déjà peu nombreux.

Au pavillon de la marée à Rungis, le 17 décembre, les commandes de poisson sont jugées très insuffisantes à une semaine de Noël. © Marion Esquerre

Pour Philippe, vendeur au stand Muller de Rungis, “les grèves ne gênent pas les approvisionnements”, c’est l’achat qu’elles perturbent. “Il n’y a pas un chat dans les rues. Par rapport à l’année dernière, nous sommes à moins 20% d’activité. On prend une grosse claque”, déplore Nassim, salarié de chez Reynaud, leader parmi les grossistes de la marée. En effet, à l’autre bout de la chaîne, les stations de métros fermées n’incitent guère les Parisiens aux déplacements ni aux dépenses. “Les gens font la gueule. Ils ne sont pas dans l’esprit de Noël”, affirme Axel, poissonnier dans le XIIe arrondissement, en chargeant son camion.

D’habitude, j’ai plein de commandes une semaine avant Noël. Là, ce n’est pas le cas, confie Patrick, poissonnier au marché d’Aligre (Paris XIIe). Les gens ne savent pas s’ils seront en famille à cause de la grève à la SNCF”. Sans compter qu’un autre problème se profile actuellement : les tempêtes en mer se multiplient, avec pour conséquence directe un risque de hausse des prix.

A trois heures du matin, les étals de poissons du hall A4, d’ordinaire débordants, sont clairsemés, et les allées paraissent vides. L’incertitude domine chez les professionnels, d’autant que les syndicats ont à nouveau appelé les marins-pêcheurs et les transporteurs à la grève dans les prochains jours. ”On verra pour demain. On vit au jour le jour”, soupire Nassim.

Lilas Pépy

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