Les Docks de Saint-Ouen, écoquartier malgré lui

Après avoir longtemps été un pôle industriel, ces docks en bord de Seine se sont transformés en écoquartier en 2013. Mais toutes les promesses n’ont pas été tenues et les habitants se mobilisent pour retrouver l’esprit du projet d’origine.
Les premiers immeubles du quartier ont été livrés en 2013. Quatre années plus tard, la zone est toujours en construction. Photo : © Odhràn Dunne.

« Vous avez dit écoquartier ? » Méline, habitante des Docks de Saint-Ouen et bénévole ce soir à La Ruche qui dit oui, interrompt une seconde sa distribution d’œufs de caille. « On nous avait vendu un quartier piéton… on n’y est pas vraiment. » Dehors, les véhicules s’alignent au bas des immeubles à toit végétal qui ceinturent le Grand Parc et ses serres pédagogiques. Dedans, les discussions entre voisins tournent autour des problèmes de transport. « C’est structurel dans le quartier : il n’y a pas de parking attribué avec les logements », explique Laure Cardinal, présidente de l’association Mon Voisin des Docks (MVD). « Dès le départ les habitants voulaient privilégier le vélo, la fibre écolo est très présente. »

Entre anciennes habitations et friches industrielles, le nouveau quartier se transforme de jour en jour. © Odhràn Dunne

La municipalité de Saint-Ouen n’est manifestement pas sur la même longueur d’onde. En cette fin d’année, les habitants des Docks ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que leur ville abandonnait le Velib’, au moment même où plusieurs communes du Grand Paris rejoignaient en bloc le système de vélos en libre service. Une marche funèbre a été organisée il y a deux semaines pour enterrer symboliquement le vélo gris. Avec la station d’Autolib’ non connectée, les prix prohibitifs des parkings et le prolongement repoussé à 2020 du métro ligne 14, la coupe pourrait sérieusement commencer à déborder.

« On nous avait vendu un quartier piéton… on n’y est pas vraiment », Méline, bénévole de la Ruche qui dit oui. Photo : © Odhràn Dunne.

Ce serait compter sans les autochtones, qui compensent à leur façon le béton et la mauvaise volonté des pouvoirs publics. En plus de l’association de quartier MVD, l’Amap des Docks est lancée à l’été 2016, bientôt rejointe par La Ruche et une autre association de distribution de produits issus de petites structures agricoles, Les 3 Poireaux. « La concurrence fait rage ! » sourit Claire, instigatrice de l’Amap. « À notre arrivée, il n’y avait rien à manger dans le quartier. On a attendu six mois pour avoir un Carrefour City et neuf mois pour la boulangerie. Il y avait une vraie demande pour consommer local, alors on s’est lancés. Aujourd’hui on est 34 acheteurs bénévoles, on a des demandes régulières d’adhésion et on signe des contrats avec de nouveaux producteurs. »

Amap des Docks à Saint-Ouen le 20 décembre 2017. Photo : © Odhràn Dunne.

Les clients se suivent sans se ressembler dans le minuscule local de l’Amap : trentenaires pour la plupart, en tenue de bureau, certains avec le casque de vélo sur le crâne, chacun avec son cabas. Joël, qui s’occupe de la distribution ce soir, énumère les contrats à venir avec de nouveaux producteurs : œufs, volailles, poisson et fromages de chèvre. Un client l’interrompt : « Et ça c’est quoi ? » Joël consulte sa fiche. « C’est du pourpier d’hiver. Une espèce de salade, je crois. Un conseil : allez voir sur Internet. »

Rédactrice : Estelle Cholet – Photographe : Odhràn Dunne

Comments are closed.