Jeunes isolés : l’hébergement autonome à la place de la prison

La prise en charge des mineurs dans les unités éducatives d’hébergement diversifié met l’accent sur l’autonomie des jeunes en fonction des profils et du type de placement : entre foyers de jeunes travailleurs, logements indépendants et familles d’accueil.
Les éducateurs agissent au mieux pour que la rue ne soit pas la solution en fin de prise en charge. Photo : © Florent Pommier

« Dans nos services, les jeunes fonctionnent plutôt à l’heure ou remettent au lendemain. Ils ont du mal à avoir un lien avec la réalité », dit Alice*, psychologue dans une unité éducative d’hébergement diversifié (UEHD). Il s’agit d’un dispositif de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui permet de placer, dans des logements en semi-autonomie, des jeunes suivis au pénal et de les accompagner dans leur projet d’insertion. La justice des mineurs se veut protectrice et s’exerce dans le cadre de l’ordonnance du 2 février 1945.

L’autonomie au coeur du dispositif

Dans le service d’Alice, une équipe de quatre éducateurs intervient auprès de 17 à 20 jeunes condamnés à une mise sous protection judiciaire (MSPJ). Elle explique que, en fonction du type de placement, on travaille différemment la question de l’autonomie. Dans les foyers de jeunes travailleurs par exemple, « les jeunes ont leur cuisine, leur salle de bain et en même temps, il y a des temps collectifs, c’est une formule hybride ». Pour les mineurs qui ont besoin d’une présence, c’est la famille d’accueil qui est associée au dispositif afin de « débroussailler la situation. On veille au sommeil, à l’hygiène et, dans ce contexte, on peut détecter d’éventuels problèmes de santé tels que la galle, l’énurésie ou une addiction ». Autre intérêt qu’elle relève, c’est qu’« à la différence de l’hébergement collectif où l’on est sous le regard des autres en permanence, et où il y a quelque chose de trop persécutant, dans l’UEHD, l’équipe éducative est à la fois présente et absente ». Les jeunes apprivoisent seuls le monde extérieur en toute liberté et, en même temps, ils se confrontent à l’institution et à ses règles. Alice fait partie de ces professionnels de la PJJ qui aiment à rappeler qu’il existe des alternatives éducatives à la prison. Et ceci, en dépit de l’augmentation, depuis octobre 2016, de l’incarcération des mineurs et de la surpopulation carcérale des majeurs.

Et après ?

Taieb, qui a travaillé quinze ans dans une UEHD, explique qu’il faut ouvrir des perspectives à ces jeunes en difficulté. Pour lui, « le placement en semi-autonomie peut permettre d’acquérir une expérience et, dans certains cas, de remédier aux problèmes rencontrés dans l’histoire familiale, avec la possibilité de réintégrer le foyer ». Avec ce type de prise en charge, il y a néanmoins, selon lui, une « logique de sortie » difficile à intégrer pour les jeunes. Comment faire pour que l’après ne soit pas la rue ? C’est la question qui taraude ces professionnels. Alice raconte qu’à trois ou quatre mois de la fin de la prise en charge, il y a, pour certains, une régression, « une résistance à vouloir partir » et, pour d’autres, un apaisement. En tout état de cause, selon Alice, ces dispositifs fonctionnent bien et la tendance est au développement des missions UEHD y compris dans le secteur associatif.

*Le prénom a été modifié.

Rédactrice : Nadia M. – Photographe : Florent Pommier