Au squat des Grands Voisins, place au happening contestataire

L’association de coworking Mon Premier Bureau tente l’impossible pour conserver ses locaux au sein des Grands Voisins. Mais ses happenings rigolos et provocants n’ont pas réussi à convaincre la mairie du 14e arrondissement de Paris.
Benoît Delol a eu recours au déguisement bonhomme de neige pour plaider la cause de son association de coworkers, menacée d’expulsion. Photo © Ophelia Noor

Benoît Delol n’était pas nu sur le parvis de la mairie du 14arrondissement de Paris, hier, le 21 décembre. Après un strip-tease remarqué lors du conseil d’arrondissement le 27 novembre dernier, c’est un happening d’une autre teneur qu’il a organisé hier pour défendre son association, Mon Premier Bureau, qui fournit un espace de coworking à petits prix à des chômeurs créateurs d’entreprise. L’association doit bientôt quitter le site des Grands Voisins, qui occupe l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, sans grand espoir d’être relogée.

À la suite de ce premier coup d’éclat, la maire de l’arrondissement avait porté plainte pour exhibition sexuelle. Convoqué au commissariat de police deux semaines plus tard, le journaliste professionnel s’y était rendu déguisé en lapin. On attendait donc avec impatience sa prochaine apparition.

Le mode d’action du pauvre

Hier, une dizaine de ses coworkers s’étaient associés à son action. L’un d’eux, Antoine, la trentaine, est le premier sur place. « J’ai un peu peur, c’est la première fois que je fais ce genre de chose. Mais c’est pour une noble cause, la survie de nos entreprises. On s’est tout de suite sentis concernés, même si certains ne sont là que depuis un à deux mois. »

Un bonhomme de neige arrive alors sur le parvis d’un pas guilleret et se met à balayer les pavés humides. Toute l’équipe le rejoint avec tables, chaises et autres matériels de bureau. Rapidement, un espace de travail s’organise. Sous l’œil des caméras, des appareils photo, et sous les fenêtres de la mairie, les coworkers de l’association s’installent pour mimer une journée de travail… Au milieu, le bonhomme de neige se laisse filmer et photographier, prenant obligeamment la pose. Interrogé sur le choix du happening comme mode de protestation, Benoît Delol explique : « Quand on est seul, on choisit le mode d’action du pauvre. Pour que ça porte, il faut franchir un interdit. Pour l’opération “déguisé en lapin”, je savais que je pouvais attirer l’attention avec peu de moyens. »

Les édiles font la sourde oreille

Ce qui nourrit la colère de l’équipe de Mon Premier Bureau, c’est que l’association n’a pu répondre à l’appel d’offre lancé par le gérant pour rester sur le site des Grands Voisins. En effet, la mairie souhaite installer une buvette dans leurs locaux pour présenter le futur écoquartier. Julien fait partie de l’équipe de coworkers. Il est aussi un habitant du 14e. « Ce qui m’a le plus choqué, c’est lorsqu’un tract de la mairie a été distribué. Au milieu, il y avait un grand encart “Promesses tenues” avec un texte qui présentait l’action de Mon Premier Bureau comme une victoire de la mairie. Ils ont imprimé ça au moment où ils commençaient à manœuvrer pour nous éjecter. »

Houda, pour sauver l’entreprise qu’elle a créée, a pris le taureau par les cornes. Indépendamment des happenings de Benoît, elle a obtenu un bref rendez-vous avec un responsable de la mairie. Mais les solutions proposées étaient toutes bricolées et inadaptées. Depuis, rien. « Ils nous disent “on va vous trouver une solution”, et c’est tout. Depuis, silence radio. On les relance, mais rien ne vient. »

Le 21 décembre avait lieu une performance des coworkers de Mon Premier Bureau devant la mairie du 14e arrondissement de Paris. Photo © Ophelia Noor @ophelianoor

Du côté de la mairie, il n’y a guère de réactions. Le happening se poursuit. Les employés municipaux se contentent de regarder de loin. « C’est encore ce gars », s’exclame l’un d’eux ; un autre, l’air blasé, lance : « Ah… Une manifestation… » La maire de l’arrondissement, Carine Petit, du parti de Benoît Hamon Génération·s, avait bien prévenu qu’elle ne souhaitait plus parler au président de Mon Premier Bureau. La mairie a tenu parole. Le combat de Benoît Delol pour offrir un lieu de travail à faible coût à des créateurs d’entreprise en difficulté financière devra se poursuivre un autre jour.

Rédacteur et vidéo : Emmanuel Guillet – Photos : © Ophelia Noor