Une nuit avec Utopia 56 au secours des migrants à Paris

À Paris, en ce début d’hiver, de nombreux migrants doivent passer la nuit aux abords du centre humanitaire de Paris-Nord. L’association bretonne Utopia 56 a mis en place un réseau de solutions d’urgence pour leur venir en aide. Une action rendue plus que jamais nécessaire, d’après l’association, en raison du durcissement de la politique du gouvernement contre les réfugiés.
Devant les grilles de la Bulle, les bénévoles répartissent les migrants dans leur réseau d’hébergement pour la nuit. Photo : © Damien Carles

La nuit est tombée porte de la Chapelle. La Bulle, cet ensemble de grandes structures sphériques qui abrite le centre d’accueil et d’orientation des migrants pour le centre humanitaire de Paris-Nord, vient de fermer ses portes. Il est 20 heures, la température est proche de zéro.

L’association d’aide aux migrants Utopia 56 a contribué à l’activité du premier centre de réfugiés à Paris ouvert en novembre 2016, mais a mis fin à sa participation moins d’un an plus tard, le 13 septembre. « Maintenant, on concentre nos actions sur la rue, c’est mieux. Le centre, lui, est devenu un lieu de tri et de contrôle. Ce n’est plus un lieu d’accueil. » Emmitouflé dans son blouson rouge, Cédric, bénévole, est remonté contre les procédures administratives mises en place par la préfecture de Paris.

« Notre priorité, c’est de trouver un hébergement de nuit pour les familles. En plus, depuis ce soir, on a 16 places d’hôtel supplémentaires pour les mineurs isolés. Il faut qu’on les remplisse. » Portable à la main, Frédéric s’active. Cet ingénieur, la cinquantaine, est l’un des coordinateurs de l’association et le chef d’orchestre du soir. Suivi par une poignée de bénévoles, gilets blancs sur le dos, il vient à la rencontre du groupe d’hommes et de femmes qui s’est formé devant les grilles du centre.

Trois adolescents attendent leur accompagnateur. Ils bénéficieront des places en hôtel pour mineurs isolés que vient de trouver l’association. Photo : © Damien Carles

Chaque soir, ceux qui ne peuvent être mis à l’abri par le centre d’accueil se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes. Parmi eux, Sadou s’est assis à même le sol. « Ma jambe me fait mal, je ne peux pas la plier. » Ce Guinéen de 30 ans dit être à Paris depuis peu. « Je ne connais personne ici, je ne sais pas où aller. » Arrivé jusqu’à la Bulle grâce au bouche à oreille et effrayé par les trois fourgons de gendarmes stationnés sur le trottoir en face, il chuchote chaque mot.

Guillaume, qui accomplit son service civique à l’association, revient à sa rencontre. « Je n’aurai pas de solution pour toi ce soir. On va te donner une couverture pour la nuit et il faudra revenir demain matin. » Malgré sa blessure à la jambe, le jeune homme ne souhaite pas se rendre à l’hôpital. « Je vais attendre demain matin et aller au centre, ce sera plus sûr. »

Un réseau d’hébergeurs citoyens

Chaque jour, l’association récolte et distribue vêtements, couvertures et repas aux dizaines de migrants qui gravitent autour du site, en bordure du périphérique. Dans son local situé à quelques pas, elle apporte aussi une aide juridique pour les démarches d’accueil. Mais surtout, chaque nuit, elle met à l’abri des dizaines d’entre eux, grâce à son réseau d’hébergeurs citoyens.

Au cœur du petit groupe, les bénévoles s’activent. Un couple et leur bébé sont envoyés au Pari’Go, un café situé plus loin dans la rue. Une famille devrait les accueillir pour la nuit. Frédéric, lui, fait le point sur les situations, envoie des messages, répartit les accompagnateurs, relance les demandes de repas. « Ce soir, on devrait pouvoir loger toutes les familles et les mineurs isolés. Le problème, ce sont les accompagnateurs, il nous en manque. Il faudra faire des allers et retours. »

Les associatifs orientent les migrants vers leur logement d’appoint. Photo : © Damien Carles

Éli attend son tour. À 16 ans, ce jeune Malien a traversé le Burkina Faso, le Niger, l’Algérie, le Maroc puis l’Espagne, pour venir en France. « Je suis ici depuis quelques jours. Pour l’instant je dors dehors. Au pays, c’était devenu dangereux, mes parents m’ont dit qu’il fallait partir. Ma ville a même été attaquée par Al-Qaïda. » En juin 2015, sa ville de Nara, dans le nord-ouest du Mali, a été la cible d’une attaque du groupe terroriste Ançar Dine affilié à Al-Qaïda au Maghreb Islamique. « J’appelle peu mes parents, sinon ma mère pleure beaucoup. J’ai un ami intime, Lamine, c’est à lui que je raconte mes histoires. Après, il va voir ma mère et il la rassure, il lui dit que tout va bien pour moi. »

La soirée est déjà bien entamée. Les paniers-repas arrivent enfin. Frédéric jette un œil dans les sacs plastiques bleus déposés par une association voisine. « Des chips, des salades de fruits, ça ira pour ce soir. Maintenant, il faut penser à ce qu’on va faire des gens au réveil. Parce que demain matin, tout recommence. »

 

Rédacteur : Mohsin Charkaoui – Photographe : Damien Carles