Camille, zadiste : « On est nombreux à vouloir rester, c’est notre lieu de vie »

À 43 ans, il est depuis cinq ans l’un des habitants de la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes. Un rapport, remis au gouvernement le 13 décembre, en préconise le démantèlement quelle que soit l’issue de la décision concernant la construction de l’aéroport. Nous avons recueilli la réaction de ce zadiste néorural, bien décidé à conserver son nouveau mode de vie.
Du secteur des nouvelles technologies au travail à la ferme, il y a un grand pas que Camille a franchi. Photo : © Camille.

Il vit depuis cinq ans sur la zone à défendre (ZAD). Le 13 décembre, un rapport a été remis au gouvernement, faisant le point sur les avantages et les inconvénients du projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la zone humide de Notre-Dame-des-Landes. Si les médiateurs ne tranchent pas la question, ils préconisent l’évacuation de la ZAD, quelle que soit la décision des autorités. Aujourd’hui, les zadistes espèrent pouvoir préserver leurs conditions de vie. Camille, agriculteur de 43 ans, décrit son quotidien sur le site.

Quelles sont vos conditions de logement aujourd’hui à Notre-Dame-des-Landes ?

J’y habite depuis l’hiver 2012. Au départ, je devais rester quinze jours. Les premiers mois, j’ai vécu dans une barricade aménagée à 150 mètres du barrage de police. Quand la présence policière a diminué, on a poursuivi la construction de cabanes et l’occupation de lieux dont les gens s’étaient fait exproprier. Aujourd’hui, entre les cabanes, les yourtes et les maisons en dur, il y a entre 70 et 90 lieux habitables. Moi, je suis à la ferme de Bellevue avec quatre à six autres personnes, hommes et femmes.

De quoi vivez-vous, avec les autres habitants ?

J’élève des vaches qui pâturent et entretiennent le bocage, je fabrique des produits laitiers. Ce sont des paysans du coin qui ont débuté l’occupation du lieu en y conservant l’activité : les vaches, les poules, les cochons… Ils ont proposé aux nouveaux de participer. Maintenant, on a une laiterie, une fromagerie, une boulangerie, un maraîchage dans les champs autour, un hangar pour réparer les machines agricoles, une forge, un free shop, un sleeping pour les gens de passage, un atelier couture… Sur le parking, le « hangar de l’avenir » a été construit par des charpentiers venus de France et d’Europe pour accueillir un atelier de menuiserie et de charpente.

 

La ferme de Bellevue à Notre-Dame-des-Landes où Camille vit avec quatre à six autre personnes. Photo : © Camille.

Vous êtes autosuffisants ?

Oui, même excédentaires. Ce qui est produit est partagé dans la ZAD ou distribué à l’extérieur, aux migrants à Nantes par exemple. Et, tous les vendredis, il y a un marché à prix libre. Des gens du coin viennent acheter du pain, du fromage, des légumes… C’est important, cette ouverture sur l’extérieur de la zone.

Comment qualifieriez-vous cette expérience de vie sur la ZAD ?

Avant je travaillais en ville dans les nouvelles technologies… Ici, la vie est très riche humainement.  Je n’ai jamais rencontré autant de gens que je respecte. Ça m’a pris aux tripes de voir toutes ces personnes différentes se battre ensemble pour leurs convictions. C’est rare dans notre monde. Des squatteurs, des paysans, des citoyens lambda réunis autour de causes comme l’aménagement du territoire, la préservation des terres agricoles… Depuis cinquante ou soixante ans, la campagne se fait manger peu à peu par la ville. Pourtant c’est elle qui nous nourrit. Aujourd’hui, je suis un vrai néorural. J’ai les pieds dans la terre les trois quarts du temps et ça me plaît beaucoup.

Érigé en 2016 par 70 charpentiers venus de toute l’Europe, le « hangar de l’avenir » accueille un atelier de menuiserie et de charpente. Photo : © Camille.

Vous vous préparez au démantèlement ?

C’est annoncé depuis cinq ans déjà, alors oui. Il y a énormément de réunions organisées ici sur comment vivre ensemble, gérer les conflits, s’occuper des terres et défendre la zone. On est nombreux à vouloir rester, même en cas d’abandon du projet d’aéroport. C’est notre lieu de vie.

Quelles sont vos revendications ?

On a rédigé une base commune de requêtes, « les six points pour l’avenir de la ZAD ». Nous demandons notamment que les habitants – propriétaires ou locataires faisant l’objet d’une procédure d’expropriation ou d’expulsion – puissent rester et retrouver leurs droits ; que les nouveaux habitants venus participer à la lutte puissent rester sur la zone ; et que les constructions, notamment les habitats, soient conservées. On a une vraie vision pour le bocage, on a créé de belles choses. On espère pouvoir négocier et continuer.

Rédactrice : Alexandra Scappaticci – Photographe : Camille