À Clichy, un foyer de travailleurs migrants bientôt réhabilité

Le foyer Adoma de Clichy va être transformé en logements sociaux au printemps prochain. Les résidents actuels ne savent pas encore dans quelles conditions ils seront relogés.
Les travaux à Clichy s’inscrivent dans le droit-fil des politiques gouvernementales de réhabilitation des foyers de travailleurs migrants. Photos : © Nicolas Cleuet

Au foyer des travailleurs migrants du 28, boulevard Victor-Hugo à Clichy (92), en bordure de périphérique, le hall d’entrée et les couloirs gris et défraîchis donnent déjà au bâtiment un air de tour fantôme. Il faut dire que la date de démolition approche, puisque, en mars 2018, les quelque 90 habitants permanents (outre la trentaine de réfugiés accueillis) pour une capacité d’accueil de 275 chambres auront tous déménagé. La réhabilitation du site, prochainement transformé en résidence sociale, avance bon train. Mais les locataires ne sont pas encore fixés sur les modalités de leur relogement.

Deux nouveaux bâtiments – le premier se trouvant à vingt minutes à pied, rue du Bac-d’Asnières à Clichy, et le second jouxtant la tour qui va être détruite – sont en phase avancée de travaux, livrables en février et en mars 2018. Ils comprendront 137 studios de 20 à 36 m2. En 2019, un nouveau bâtiment viendra remplacer, après démolition, la tour actuelle datant du début des années 1970. Cet immeuble offrira 76 logements supplémentaires, dont 16 ouverts aux jeunes couples et aux femmes isolées avec enfants.

Seulement, voilà, ce projet pose problème pour les locataires, représentés par un comité de quatre délégués. Parmi eux, Mamadou Sidibé, la cinquantaine, arrivé en France en 1989. Il vit au foyer Adoma de Clichy : « J’y ai ma chambre à mon nom depuis 2000. »

Mamadou Sidibé, résident du foyer de Clichy depuis bientôt vingt ans, est originaire d’un village du Sénégal oriental, près de la ville de Matam. Photo : © Nicolas Cleuet

Il reconnaît que les chambres meublées actuelles sont petites (7 m2), mais le loyer reste modéré (280 euros actuellement). Pour occuper leur futur studio, les résidents qui le peuvent devront bientôt débourser entre 424 et 536 euros. Beaucoup d’argent pour des travailleurs qui gagnent le smic, parfois moins. Tous n’ont pas droit aux aides au logement. Mamadou nous rappelle qu’au village, toute sa famille compte sur lui et sur les autres résidents soninkés du foyer. « Nous nous réunissons tous les mois avec les autres membres de la communauté pour décider des cotisations et envoyer l’argent, qui sert à tout financer sur place : infrastructures, écoles. » Les autres occupants du foyer de Clichy, de nationalité mauritanienne, algérienne ou encore marocaine, fonctionnent de la même façon. Certains sont déjà partis, car les nouveaux loyers ne leur permettront plus de vivre en France et d’aider au pays.

Le dialogue semble difficile entre le constructeur-gestionnaire du site et les résidents. Ils communiquent par voie d’affichage au bas de l’immeuble ou par envoi de lettres recommandées. Les habitants sont inquiets. L’échéance du déménagement approche et personne ne sait où il va devoir s’installer. Une chose est sûre, aucun ne veut descendre rue du Bac-d’Asnières. « C’est loin de tout, il n’y a ni bus ni métro dans cette zone en friche. Le chemin est désert et peu sûr quand je sors à 4 heures le matin pour aller travailler », raconte Mamadou.

Les résidents du foyer Adoma préparent et partagent leurs repas dans les cuisines communes à chaque étage. Photo :  © Nicolas Cleuet

Un autre souci pour ces travailleurs migrants isolés habitués à tout partager : les nouvelles résidences sociales ne mettront pas à leur disposition des pièces de vie commune. Priorité est donnée aux studios « autonomes », incluant kitchenette, toilettes et sanitaires. « Nous tenons beaucoup à partager nos repas, nous préparons de grosses marmites communes, cela revient moins cher. Ces plats sont impossibles à préparer sur la petite plaque électrique équipant les nouvelles chambres. Nous demandons aussi la mise à disposition d’une pièce d’une trentaine de mètres carrés pour prier, qui pourrait aussi servir de bureau pour le comité », précise Mamadou.

Un protocole a été signé entre les locataires et Adoma en novembre dernier, lequel stipule qu’aucune décision ne sera prise sans consultation des délégués. Le comité a sollicité la tenue d’une réunion avec le gestionnaire. Demande restée sans réponse pour le moment. Dans deux mois, les locataires du foyer de Clichy devront pourtant avoir plié bagage.

 

Rédactrice : Delphine Dias – Photographe : Nicolas Cleuet