Silence ça pousse : des arbres à flanc de tour à Paris

Haute de 50 mètres, une immense tour de la biodiversité, sociale et génératrice de nature, trône dans un îlot de verdure dans le 13e arrondissement de Paris. Elle accueille fièrement ses « bio-locataires », entre zinc, aluminium et végétation, nouvelle « bouffée verte » répondant aux exigences d’oxygéner les zones urbaines.
Les balcons qui filent en plein ciel sont dotés de tubes en aluminium, où les graines germées s’enracineront avec le temps. Photo : © Philippe Labrosse

Dominant la ZAC Paris Rive Gauche, une tour attire l’œil par sa couleur changeante aux reflets verts. Le « Caméléon vertical », selon le nom choisi par son architecte Édouard François, se dresse sur 17 étages et comporte 95 logements sociaux, tous occupés depuis le 17 février 2016. Sa hauteur exceptionnelle de 50 mètres, autorisée par une dérogation, en fait un mont de verdure dans Paris, sorte de « second mont Valérien ». Construire une tour, en réponse aux problèmes de densité de population, et lui donner un rôle en l’intégrant dans le paysage, tels étaient les enjeux auxquels l’architecte devait faire face.

Ce bâtiment est innovant en termes de biodiversité, de nombreux botanistes ayant travaillé sur ce projet. Leur objectif : faire pousser des arbres dans des tubes de 35 centimètres de diamètre et 3,5 m de long, disséminés sur les balcons, comme dans une faille de montagne. Outre le gain de place, ils permettent d’« obtenir quelque chose de très aérien », précise l’architecte. Ce sont les élèves de l’école du Breuil à Vincennes, partenaire essentiel du projet, qui ont sélectionné les graines en provenance des forêts d’Île-de-France. C’est la principale vocation de ce bâtiment révolutionnaire : « Répandre ces graines grâce au vent afin de régénérer à lui tout seul une bonne partie de la biodiversité parisienne. Celle-ci, faute d’être re-nourrie par le monde sauvage, est en train de se dégénérer », précise Édouard François. « Chaque étage comporte des espèces différentes », explique un élève. L’immeuble se situe en plein corridor vert et sera un espace d’étape pour les oiseaux et les insectes. « Normalement, les arbres devraient pousser beaucoup plus vite que ça », remarque la gardienne de l’immeuble. « Les végétaux sont encore sous garantie, et entretenus par la régie de Paris Habitat. Une société privée prendra bientôt le relais pour leur entretien. »

La vue actuelle de la tour en attente de son manteau végétal. Photo : © Philippe Labrosse

Multifacettes – La façade du bâtiment, bardée de titane aux reflets se modifiant selon l’exposition au soleil, est enveloppée d’une résille métallique, sur laquelle s’accrocheront les plantes. Les matériaux de construction du bâtiment ont été choisis parmi les plus efficaces en termes d’isolation. Pourtant, Pierre, locataire d’un
77 m², se plaint des finitions de son logement HLM et de l’isolation. Tout comme Michel, chapeau vissé sur la tête, qui est fier d’avoir été un des tout premiers locataires de la tour. Il y habite avec sa famille un 60 m². « J’ai fini par y faire rajouter des radiateurs. » La vue splendide du 14e étage lui fait oublier le froid en hiver et la forte chaleur en été qui règnent dans son appartement.

M6B2, autre nom de la tour, est en fait celui de cette parcelle du 13e arrondissement de Paris sur laquelle elle se situe, avec trois autres bâtiments comportant des logements, un foyer pour jeunes travailleurs et une crèche associative, installés comme dans un jardin protégé.

Rédacteur : Anne-Christine Frèrejacque – Photographe : Philippe Labrosse