Des brigades mobiles pour contrôler les réfugiés

Les associations d’aide aux réfugiés sont révoltées par l’annonce de la création de brigades mobiles destinées à l’examen de la situation administrative des étrangers sans abri. Elles ont saisi le Défenseur des droits Jacques Toubon.
© Farid Djemmal
Conditions de vie inhumaines pour les demandeurs d’asile dans ce camp de réfugiés roumains, Porte des Poissonniers. Photo : © Farid Djemmal.

Le ministère de l’Intérieur a publié le 12 décembre 2017 une circulaire ayant pour objet l’examen des situations administratives des réfugiés dans les hébergements d’urgence. Des brigades mobiles veilleront à des « orientations adaptées », c’est-à-dire le transfert ou un retour pour ceux qui ne remplissent aucune condition de droit de séjour. Les associations d’aide aux réfugiés et migrants s’insurgent.

Plus d’une vingtaine d’associations qui accueillent, hébergent, orientent des personnes sans abri ont saisi le Défenseur des droits au sujet du nouveau dispositif étatique destiné à l’examen de la situation administrative des étrangers sans abri hébergés ou qui sollicitent un hébergement. Les conséquences de cette nouvelle directive sont immédiatement anticipées par ces associations : des personnes (dont des familles avec enfants) n’appelleront plus le 115 pour être hébergées, resteront à la rue ou dans des squats ou des bidonvilles de peur d’être contrôlées et expulsées, d’autres subiront des fins de prise en charge.

La circulaire pourrait potentiellement être dénoncée au Conseil d’État mais Karine Parrot, juriste spécialiste du droit des migrants, souligne que ce recours pourrait être à double tranchant : « On a de fortes raisons de penser que le Conseil d’État estime que cette circulaire est légale. Dans ce cas, la situation sera encore pire ensuite. »

Changement de cap depuis le nouveau gouvernement

Ceux qui travaillent sur le terrain ont observé depuis longtemps la dérive sécuritaire à laquelle les demandeurs d’asile sont confrontés. Yann Manzi, cofondateur de l’association Utopia 56, dénonce ce qu’il appelle la « réalité du non-accueil » : « La violence s’installe aussi à Paris. La répression policière a changé de forme depuis mi-juillet, depuis la présidence d’Emmanuel Macron et la nomination de Gérard Collomb. » Il s’inquiète aussi du sort de personnes installées et intégrées depuis longtemps dans l’Hexagone et que cette circulaire va également mettre en danger. « Les choses ont changé. On est entré dans une ère de répression massive qui va concerner tous les migrants qui arrivent, mais aussi plein de personnes qui sont implantées en France depuis des années et qui vont être chassées. »

L’essayiste franco-américain Guy Sorman considère que le gouvernement vient d’inventer l’humanisme à deux vitesses. « On se réclame de cet humanisme mais il ne s’applique qu’à ceux qui ont un toit au-dessus de leur tête. Si, au lieu d’un toit, vous avez une toile, une bâche, vous ne serez plus reconnu comme totalement humain. Il appartient désormais à des brigades volantes de distinguer entre l’homme et le sous-homme. »

Rédactrice : Sarah – Photographe : Farid Djemmal