Le blues des militants LREM après la déferlante des gilets jaunes

Réunion de militants LREM dans des bars de l'est parisien, les 19 et 20 décembre dernier.
Crédit photo : Nicolas Portnoi

Dans des bars cossus de l’est parisien, des militants LREM se sont donné rendez-vous ces 19 et 20 décembre. L’occasion pour eux de tirer le bilan de la vague de contestations des gilets jaunes dont l’ampleur les a quasiment tous pris de cours.

Parmi les macronistes réunis ce soir, beaucoup sont des transfuges du PS qui, lassés par les querelles intestines à répétition, ont été séduits par le discours fédérateur du jeune candidat. « Ici il y a une majorité des CSP+ », confie d’un air gêné Joevin, directeur marketing d’une quarantaine d’années.

Les désaccords ne manquent pas au sein des marcheurs, et notamment au sujet du mouvement des gilets jaunes. Pour certains, les manifestants seraient à leur insu « cornaqués » par les partis d’opposition et leur « logique de propagande ». « Ils exagèrent tout de même, la plupart de leurs réclamations sont inapplicables », juge Dominique, une ancienne soixante-huitarde, qui porte aux nues son engagement passé : « En Mai 68, au moins, les ouvriers avaient de bonnes raisons de se révolter ! »

À l’inverse, Simon-Pierre, consultant en stratégie et transformation digitale, tient pour légitimes les doléances de ces « perdants de la mondialisation » : « On est dans une crise du vivre-ensemble. Le gouvernement a l’air dépassé », reconnaît-il.

Des désaccords mais une seule voie possible

La plupart de ces marcheurs reconnaissent des erreurs de communication du président et jugent que certaines de ses déclarations étaient inappropriées. Tous s’accordent sur le fait que l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron avait suscité beaucoup d’attentes, qui ne pouvaient être satisfaites en quelques mois. À cela s’ajoute une crise de confiance à l’égard de la classe politique dans son ensemble et une peur du déclassement prégnante au sein de la « France périphérique ».

« On mise sur l’intelligence du collectif »
Christian Caporossi, référent LREM en charge du XIIᵉ arrondissement

Certains estiment que le gouvernement s’est coupé de sa base. « Ce n’est pas faute d’avoir alerté nos élus, déplore l’une des membres du comité Nation-Alexandre Dumas, l’antenne LREM du XIᵉ arrondissement. On a assisté impuissants à une montée du mécontentement. Personnellement, j’ai de plus en plus de mal à défendre l’action du gouvernement que ce soit sur le terrain ou avec mes proches. » Un autre renchérit : « Le gouvernement aurait du prendre plus de mesures en faveur des classes moyennes. »

Pierre-Marie Debreuille (à gauche sur la photo), animateur du comité local Nation-Alexandre Dumas, avec des militants LREM, dans le bar Le Dumas, Paris XIᵉ.
Crédit photo : Nicolas Portnoi

Pour autant, l’heure de l’autocritique n’est pas encore venue. Leur principale préoccupation : se montrer davantage pédagogue afin de mieux « vendre » les mesures gouvernementales. Et une militante de déclarer avec aplomb : « Notre discours est peut-être un peu trop technique. On doit garder en tête que l’on doit parler à des gens qui ont un faible niveau d’éducation. » Richard, un des responsables du comité, déplore : « Je suis abasourdi par la haine qu’inspire Emmanuel Macron. » Quoi qu’il en soit, pour l’ensemble des présents, le président serait le seul à même de répondre à la crise.

Les revers des derniers mois n’ont donc pas entamé leur détermination. « On mise sur l’intelligence du collectif », confie Christian Caporossi, référent LREM en charge du XIIᵉ arrondissement. « On a bien vu où menaient les querelles d’ego. Aujourd’hui, la droite a été reléguée au second plan. Et ne parlons pas du PS ! », ajoute une autre militante.

« Pessimiste par raison, optimiste par nature, c’est ma devise », confie Simon-Pierre avec un sourire amusé. Une référence à Gramsci au milieu d’une assemblée macroniste ? Sans doute un miracle de Noël.

Thibault Rios

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