Insalubrité : les habitants d’une tour HLM de Bagnolet passent à l’action

Sonia Kourchi, résidente du 50, rue Édouard-Vaillant, est activement impliquée dans le collectif créé pour réclamer des travaux de rénovation dans l'immeuble. Crédit photo : Myriam Renaud

Depuis dix ans, élus et bailleurs leur promettent
des travaux de réhabilitation. Les habitants du 50, rue Édouard-Vaillant ont déchanté depuis longtemps, mais ne sont pas résignés pour autant.
Forts de leur union, ils préparent une action et entendent faire parler d’eux avant la fin de l’année.

« Chaque année, je repeins les murs, c’est sans fin », se désole Liakout Korchi, une habitante de la tour HLM du 50, rue Édouard-Vaillant à Bagnolet (93), dont les murs sont gangrénés par l’humidité. Elle doit aussi colmater des fissures, rafistoler l’électricité, slalomer entre les portes coupe-feu dégondées et les dealers qui grouillent à l’entrée de l’immeuble. Tout près, deux tours identiques, appartenant à des propriétaires privés, affichent bien meilleure mine.

L’entrée de l’immeuble, qu’aucun dispositif de sécurité ne protège, est régulièrement squattée.

Depuis une dizaine d’années, l’office public de l’habitat (OPH) de Bagnolet, le bailleur social, parle d’enclencher des travaux de rénovation. Cela n’a jamais été suivi d’effet. Des habitants des 84 logements de la tour ont donc constitué un collectif afin de prendre les choses en main. Au cinquième étage, Corinne, Liakout et sa fille Sonia préparent des banderoles qu’elles suspendront à leurs fenêtres : « Habitants du 50 pris en otage », « SOS péril », « Halte à la honte », « Élus, vous rendrez des comptes », pourra-t-on lire avant la fin de l’année au pied des onze étages.

Liakout et Sonia prévoient d’accrocher leurs banderoles avant la fin de l’année.

Les résidents estiment ne pas avoir été pris au sérieux par leurs élus. Et ce n’est pas la lettre du 30 novembre dernier d’Alexis Corbière, député (LFI) de la circonscription, qui suffira à calmer leur colère. Pas question que leur combat soit récupéré par un parti politique. « Les promesses, ça suffit, tranche Sonia. On veut des actes ! »

Pourtant, lorsque ces tours ont été édifiées dans les années 1960, sous l’égide de l’architecte de renom Paul Chemetov – il fut notamment lauréat du grand prix de l’architecture en 1980 –, rien ne laissait présager un avenir aussi funeste. Les habitants reconnaissent d’ailleurs que c’est l’absence de réhabilitation, et non le bâtiment en lui-même, qui est la cause de leurs malheurs. Le site est même classé « patrimoine remarquable »*. Un patrimoine architectural qu’il a pourtant bien fallu modifier. Deux ans plus tôt, des travaux ont eu lieu pour détruire les balcons. Puis plus rien : la façade conserve les traces des amputations.

Le fait d’être ainsi classé ajoute aux difficultés des habitants. Aujourd’hui âgé de 90 ans, Paul Chemetov a rendu un avis négatif concernant le projet de réhabilitation. Il veut notamment que les clôtures prévues pour sécuriser l’entrée du lieu ne dépassent pas 1,30 m, afin que le bâtiment ne ressemble pas à un établissement carcéral, quand les habitants réclament un dispositif qui les protège de façon efficace.

Le radiateur fourni par l’OPH pour pallier aux problèmes d’humidité permet de chauffer une pièce alors que l’appartement en compte cinq.

Stéphane Roche, directeur général de l’OPH de Bagnolet depuis dix-huit mois, pointe aussi les problèmes liés à la ville : le réseau de chaleur est vieux de cinquante ans et les habitants n’ont souvent ni chauffage, ni eau chaude, pendant tout un week-end. L’OPH a bien fourni des radiateurs, qui seraient adaptés à des studios de 20 m2, quand les appartements du « 50 » comptent cinq ou six pièces. Pourtant, Stéphane Roche veut croire que la rénovation pourra bientôt commencer : « En juin 2019 », prédit-il. Mais certains, comme Mme Dahan, locataire au sixième étage, ont arrêté d’espérer : « J’ai rejoint mon mari ici. Je regrette, désormais. J’attends juste de déménager. »

Texte : Pierre Pailler
Photos : Myriam Renaud

*Les sites patrimoniaux remarquables sont définis par le ministère de la Culture comme étant « les villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public » (loi du 7 juillet 2016).