Femmes de policiers au bord de la crise de nerfs

les heures supplémentaires non-payées mettent les forces de l'ordre sur les nerfs.
Crédit photo : Nicolas Portnoi

« Nous avons un couple d’amis dont le mari, un policier, était mobilisé lors des manifestations. Sa femme était à la même manif, mais en tant que gilet jaune. Le pompon est que leur fils, un Black Bloc, s’y trouvait aussi ! Nos familles sont ravagées. » Ainsi se confie Lydia à cette assemblée de femmes, toutes conjointes de policiers. Elles se sont rencontrées via les réseaux sociaux. Barbara, l’initiatrice de cette réunion, nous explique : « Ce groupe nous permet de nous confier et d’alléger nos craintes et colères. En cas de désaccord, nous quittons le groupe pour mieux y revenir. Notre situation nous lie! » Le contexte est tendu, puisque c’est au tour des policiers de se révolter. Elles évoquent le malaise ressenti au sein de leurs familles. Elles sont plusieurs à se considérer être « des victimes collatérales ».

Les statistiques des tensions intra-familiales, des dépressions et des divorces explosent chez les policiers, avec pour paroxysme le taux des suicides qui est trois fois plus important que dans la population générale. Pour la seule année 2017, on dénombre 17 cas de suicides dans les rangs de la Police et 16 dans ceux de la Gendarmerie.

 Dans l’assistance, on pointe le manque de reconnaissance de la hiérarchie et des instances qui ne prennent pas psychologiquement en charge les répercussions d’un métier à forte charge anxiogène. L’hostilité  envers les policiers dans la société présente de grands risques. Ainsi, pour la seule île de la Réunion, on recense 30 blessés parmi les forces de l’ordre lors des violences urbaines face aux gilets jaunes.

Barbara, calée au fond de son fauteuil introduit la discussion  « Nous sommes issues du peuple, nous sommes à la fois gilets jaunes et femmes de policiers ». Lydia l’interrompt : « Mais nous refusons que nos enfants soient policiers. Heureusement, mon fils a choisi une autre voie ! ». Un long silence gêné.  Lydia continue : « Nous étions  socialistes, mon mari a viré extrême droite. Moi, je suis maintenant avec les Insoumis ». Barbara tente de détendre l’atmosphère « Ça doit être rock n’roll, les repas de famille chez vous ! ».

Crédit photo : Claire Wissing

Elles ont dans l’ensemble les mêmes revendications que leurs maris policiers, qu’il s’agisse des conditions de travail, de législation, de sécurité ou du pouvoir d’achat. Les questions des primes et heures supplémentaires non payées les révolte tout particulièrement. « L’État doit à nos familles des années de congés non pris, ce sont des vacances sans papas pour nos enfants ! ». Une femme sort de son silence : « Plus confiance dans les syndicats, brûlez vos cartes, manifestez, ils ne vireront pas tous les policiers ! » Barbara la stoppe net : « Tu ne vas pas nous seriner encore avec les syndicats soit-disant véreux. Pas chez moi ! » 

Haussement d’épaules général. Le petit groupe de femmes de policiers se disperse.

Yasmina Bennini