Climat de violence sur la place de la Chapelle : un kiosquier jette l’éponge

Uttam, le kiosquier, est exaspéré par le climat de tension qui règne dans le quartier de La Chapelle.
Crédit photo : Claire Wissing

Commerçants exaspérés, riverains à cran et police considérée comme impuissante… Sur la place de la Chapelle, dans le XVIIIe arrondissement, le climat de violence quotidien est devenu invivable. Alors qu’il a commencé à travailler dans le quartier il y a un an, Uttam, kiosquier, souhaite déjà plier bagages.

Uttam, le kiosquier de la place de La Chapelle, arrivé du Bangladesh il y a huit ans, n’en peut plus. Depuis qu’il a repris ce kiosque à journaux il y a un an, sa vie est devenue un enfer. Les tentatives de vols, le racket et les bagarres se répètent quotidiennement dans ce quartier classé Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP). Cette fois c’est décidé, il jette l’éponge. Le kiosque fermera fin décembre.

« Libé, deux euros ! » Une cliente récupère sa monnaie. Avant de reprendre son chemin, elle ouvre son cabas : «Regardez, ce sont des serrures pour mon fils qui vient de se faire cambrioler », dit-elle, en exhibant une paire de verrous neufs. « Il a emménagé il y a moins d’un an dans l’immeuble qui jouxte le square de la place. »

Les contrôles de police sont nombreux autour de la station La Chapelle.
Crédit photo : Claire Wissing

Un jeune homme avec un œil au beurre noir s’avance en bousculant les personnes qui font la file devant le kiosquier. Personne n’ose moufter. « Une feuille, longue… », dit-il en lançant quelques centimes à Uttam. Il demande aussi un café, avant de disparaître aux cris des guetteurs prévenant de l’arrivée de la police. La rue se vide alors en un éclair.

« Dans notre immeuble, les parkings étaient squattés, les caves forcées. » Gilbert, adhérent de l’association SOS La Chapelle

L’exaspération des commerçants et des habitants du quartier est à son comble. « Dans notre immeuble, les parkings étaient squattés, les caves forcées, explique Gilbert, adhérent de l’association SOS La Chapelle qui rassemble les riverains. Nous allons y remédier en nous équipant d’une double porte sécurisée avec des caméras ». Pour lui, la police est impuissante face à l’ampleur du phénomène. Contactée par Le Parisien, la préfecture déclare avoir multiplié les contrôles depuis plusieurs mois.

Sur son téléphone portable, Uttam nous montre des photos de son futur kiosque « nouveau modèle » situé près du métro Olympiades dans le XIIIe arrondissement.
Crédit photo : Claire Wissing

Le 27 juillet dernier, lors d’une rixe, les vitrines du kiosque d’Uttam ont été défoncées. Il a dû vendre ses journaux sur une table de camping à même le trottoir. Aujourd’hui, il rêve en relisant une énième fois le dossier d’un nouveau concept de kiosque situé dans le très sage XIIIe arrondissement, dans lequel il aimerait être réaffecté. À l’intérieur, des mange-debout, une machine à café, des écrans vidéo. Uttam n’attend que ça. Mais pour l’heure, il lui faut attendre un hypothétique repreneur pour son kiosque : « Si personne ne se présente pour la reprise, je serai obligé de rester un peu ici ».

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Pierre-Alain Faure