À Pantin, gilets jaunes et militants insoumis esquissent un rapprochement

Pantin réunion de gilets jaune
À Pantin, lors d'une réunion de sympathisants, les actions des gilets jaunes au centre des débats.
Crédit photo : Frederic Migeon

Alors que la mobilisation des gilets jaunes se poursuit, la France insoumise ambitionne d’en structurer la suite politique. Dans les quartiers de Pantin, ses militants organisent des réunions citoyennes qui libèrent la parole et imaginent des actions.

Chez Agnès, un bar populaire de Pantin situé en bord de canal de l’Ourcq. Une vingtaine d’habitants du quartier se sont réunis ce mardi 18 décembre, à l’initiative de la France insoumise (FI) et dans la lignée du mouvement des gilets jaunes. Ils et elles sont enseignants, intermittents du spectacle, retraités, travailleurs sociaux ou associatifs. Sur 23 personnes présentes, 14 sont des femmes, dont Samia Sadat, députée suppléante de Pantin étiquetée France insoumise.

 

Réactiver la dynamique « Stop Macron »

Ces volontaires ne se sont pas retrouvés sur Facebook, ils sont venus à l’invitation d’une mailing list émanant d’un petit groupe FI, une section locale bien décidée à réactiver la dynamique lancée en 2017 avec le mouvement « Stop Macron » et la « Fête à Macron ». C’est Nadège, une nouvelle militante, qui a décidé de lancer ces invitations afin d’élargir et structurer la mobilisation locale, après un premier rassemblement qui s’est tenu le 13 décembre à Pantin, avenue Jean-Lolive.

L’assemblée est sagement assise en cercle autour de Nadège, qui prend la parole. Sourire gêné, elle énonce les règles de fonctionnement des tours de parole, afin que chacun puisse se présenter, s’exprimer et faire entendre son point de vue. À la différence des premières réunions confuses de gilets jaunes, on sent l’organisation cadrée du parti. Chacun profite de son temps de parole pour exprimer les raisons de sa venue : bloquer la logistique, réclamer le référendum d’initiatives citoyenne (RIC) ou plus globalement, rejeter la politique d’Emmanuel Macron. Un sexagénaire qui ne cache pas ses tendances souverainistes insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de sortir du « dogme libéral supranational imposé par l’Union européenne ».

Un « Pantin pauvre » peu politisé

Le débat s’oriente sur la façon d’étendre le mouvement sur la commune de Pantin. Ginette opte pour un rassemblement devant le supermarché Leclerc : « Il y a beaucoup de monde le samedi, on peut y toucher beaucoup de personnes. » Tout le monde approuve, mais se pose le problème du « Pantin pauvre », encore peu politisé, celui du marché des Quatre-Chemins en particulier. « Les habitants des quartiers populaires ne se sentent pas concernés, parce qu’ils sont habitués depuis longtemps à se débrouiller par eux-mêmes », estime un homme d’une quarantaine d’années, assis en retrait. L’assemblée acquiesce. l’homme poursuit : « Les gilets jaunes, pour les banlieues, ce sont les révoltes de 2005 après la mort de Zyed et Bouna, [2 jeunes de Clichy-sous-Bois morts électrocutés en tentant d’échapper à la police, ndlr]. Il existe des associations qui organisent la mobilisation des quartiers, comme les collectifs Rosa Parks et Adama. »

La censure de médias est commentée dans le groupe, notamment le reportage sur les manifestations de gilets jaunes, où le mot « Dégage » avait été supprimé d’une banderole par France 3 .
Crédit photo : Frédéric Migeon

S’ensuit une longue discussion très critique sur les médias. Mais au final, le petit groupe décide d’une première action pour ce samedi 22 décembre, devant le supermarché Leclerc à 10 h. Les activistes souhaitent y rencontrer la population pantinoise pour parler « salaire différé, RIC et Union européenne ». D’ici-là, des groupes de travail vont se structurer pour mettre en place d’autres initiatives, tracts et matériel pédagogique pour sensibiliser les habitants de la ville et organiser localement une mobilisation de gilets jaunes.

Yann Levy