Lycée Lucie Aubrac à Pantin : retour sur les violentes manifestations

Des élèves de terminale devant le lycée Lucie Aubrac à Pantin, le 18 décembre 2018
Crédit photo : Léo Keler

La violence a embrasé les environs du lycée Lucie Aubrac de Pantin le mardi 4 décembre. Deux semaines après, le calme est revenu mais le sentiment de colère et d’injustice perdure.

« C’était violent, il y a eu des jets de bouteilles en verre sur des professeurs, des incendies ont été allumés et des policiers ont arrêté deux jeunes. L’un était du lycée. » Âgée de 18 ans et vêtue d’une veste noire, Anaïs est élève en terminale professionnelle ASSP (Accompagnement, soins et services à la personne) au lycée Lucie Aubrac à Pantin, en Seine-Saint-Denis (93). Elle décrit, d’une voix fluette les scènes de chaos qui ont émaillé la manifestation du 4 décembre aux abords de son lycée.

Dans le sillage du mouvement des gilets jaunes, les lycéens se sont mobilisés à leur tour et des centaines d’établissements ont été perturbés dans plusieurs villes de France. A Pantin, comme dans d’autres communes, ces manifestations ont donné lieu à des débordements et à des affrontements avec la police. Les images de l’arrestation de 153 lycéens à Mantes-la-Jolie, les montrant à genoux, mains sur la tête sous la surveillance de policiers armés, ont suscité l’indignation. Nous avons voulu revenir sur les lieux des heurts à Pantin pour mieux comprendre les violences.

Deux semaines après les faits, les abords de l’établissement ont retrouvé leur calme. Devant l’entrée du lycée, Anaïs et ses amies, Alizéa, 19 ans, et Elena, 18 ans, attendent la reprise des cours après la pause de midi. Comme Anaïs, Alizéa est en filière professionnelle ASSP tandis qu’Elena est en terminale ES (économique et social).

Anaïs, élève de terminale devant le lycée Lucie Aubrac à Pantin, le 18 décembre 2018
Crédit photo : Léo Keler

Les jeunes dénoncent Parcoursup qui, selon eux, va aggraver les injustices

Elena évoque la fureur qui s’est emparée des environs du lycée le 4 décembre : « Des jeunes ont provoqué un incendie qui a embrasé toute la rue. Des voitures et des poubelles étaient en feu. La police a lancé des bombes lacrymogènes et a tiré des flash balls.»

Les jeunes ainsi que certains professeurs dénoncent la réforme du lycée, annoncée pour la rentrée 2019, ainsi que Parcoursup, l’application destinée à gérer les vœux d’affectation des futurs étudiants qui, selon eux, va aggraver les injustices. Les élèves issus des quartiers défavorisés s’estiment désavantagés pour intégrer une bonne université en raison de leurs origines sociales. Les lycées qui ont été le plus frappés par les heurts sont ceux situés dans les quartiers les plus pauvres.

« Ce sont des jeunes venant d’autres établissements qui sont venus uniquement pour semer le désordre. »

« La colère qui a explosé est liée à la réforme du lycée et à Parcoursup. La sélection se fera sur la base de notre classe sociale et non plus sur les notes. On veut moins d’inégalités. » explique Elena. Anaïs, quant à elle, est lucide face aux enjeux sociaux : « Je manifeste aussi en soutien aux gilets jaunes car c’est important pour l’avenir. »

La jeune fille métisse à la veste noire tient à préciser : « Nous voulions manifester dans le calme. Ce sont des jeunes venant d’autres établissements qui sont venus uniquement pour semer le désordre. Ils avaient envie de tout casser. Ils voulaient se faire remarquer. »

Hervé Hinopay