À Montreuil, Christian Paccoud et le Sister System enregistrent un nouvel album

Le Sister System répètent au Snark à Montreuil.
Crédit photo : Jessica Jeffries-Britten

Au Snark, studio d’enregistrement à Montreuil, Christian Paccoud et le Sister System enregistrent un nouvel album, « Le Grand Tout ». Une ode à la parole des oubliés.

10h30. Quatre filles tendues vers leurs micros placés en points cardinaux entonnent en chœur : « Qui du bout des doigts (…)  Qui réchauffera / Les mots d’amour gelés ». C’est le Sister System, quatre actrices chanteuses, radieuses et tout terrain, ayant appris à vivre de presque rien. Christian Paccoud enregistre au même moment l’accordéon dans une mini-cabine à l’autre bout du studio. Trente minutes plus tard, les cinq voix sont dans la boîte. Nous sommes à Montreuil, au Snark, studio d’enregistrement de Denis Lefdup, ingénieur du son. Visage émacié, yeux facétieux, Denis parle peu. Il en a vu des artistes dans son studio. Nino Ferrer est passé par là. Accessoirement, c’est aussi ici que le chanteur Bertrand Belin, ami de l’équipe, travaille.

Cette semaine, Christian Paccoud et le Sister System enregistrent leur nouvel album. C’est Antoine Salher, avec son label indépendant Le Furieux, qui le produit. Attentif et minutieux, il veille à tout. Chaque jour, il doit filer à 17h au théâtre du Rond-Point, où il accompagne François Morel au piano. Comment s’appellera le disque ? « Le Grand Tout ». Cela fait dix ans qu’ils donnent la parole à ceux qui ne l’ont pas. Les chansons s’écrivent à partir d’ateliers d’écriture avec des adolescents placés en foyer ou des personnes internées en hôpital psychiatrique. Mais cette fois-ci, la plupart des textes ont été écrits en une année, par Christian. « Le Grand Tout, explique-t-il, est fait de petits riens, des riens du tout qui, collés bout à bout, deviennent poésie. Ça part de rien, d’une femme qui enlève son voile (réel ou imaginaire), du fait d’être noir ou blanc, des bouquets de fleurs qui encombrent les bras des filles mais qui symbolisent la société de consommation. »

Christian Paccoud.
Crédit photo : Jessica Jeffries-Britten

Dans ses chansons, on rencontre Sam, Paul, Ben et Frank, qui font la queue à la soupe populaire. « Dans la file, c’est le ventre qui phrase ». La misère semble les avoir anéantis. Armelle Dumoulin signe les paroles épurées de Matin trouvé, un être qui se réveille au petit jour, nu dans la rue, roué de coups et qui ne se souvient de rien. On y rencontre aussi des jeunes qui ont tout quitté, pour vivre une vie austère mais fière. Ici, les utopies, on ne les rêve pas, on les met en œuvre et on les chante. Comme dans La colline aux herbes folles. Depuis une décennie, Christian et Armelle ont mis sur pied un festival d’été où bénévoles et artistes volontaires se regroupent à côté de Lyon. Un festival qui « donne la parole à ceux qui ne l’ont pas et pour d’autres raisons que ceux qui l’ont. »

L’ingénieur du son Denis Lefdup avec Eléna Josse et Aurélie Miermont, chanteuses. Dans la mini-cabine : Christian Paccoud à l’accordéon.
Crédit photo : Jessica Jeffries-Britten

13h30. Tout le monde se rassemble pour écouter les voix entremêlées de la dernière prise. Armelle fronce les sourcils. Intensément est la chanson la plus difficile. Les voix des filles répondent à celle, rocailleuse et chaude, de Christian. Antoine Salher a repéré une note qui « frotte ». Christian met le nez dans les partitions pour vérifier la dernière note des différentes lignes de chant. C’est un travail de précision. Comme un enfant, il brandit la feuille, il a trouvé ! On refait aussitôt la prise. Dans la joie.

Alice Carel