Cabaret Sauvage : le cirque Mandingue présente un spectacle musical guinéen sur l’exil

Les coulisses du cirque Mandingue de Guinée-Conakry. En répétition au Cabaret Sauvage pour la création "Tana Mou Ri" qui aborde le thème de la migration sur le vieux continent.
Crédit photo : Damien Paillard

Au Cabaret Sauvage, les artistes guinéens du cirque Mandingue proposent un spectacle qui allie danse, acrobaties, chants et dialogues. À travers cette évocation de leur propre histoire, ils transmettent et subliment la culture africaine, sans oublier de raconter l’exil.

Premier jour de répétition. Les artistes du cirque Mandingue (Paris XIXᵉ), pour la plupart venus de Guinée-Conakry, sont en ébullition. Ils se donnent des conseils en s’étirant et en dansant. Sur la piste du Cabaret Sauvage, près d’une barque pour seul décor, Athmane Bendaoud, célèbre acteur de sitcoms algérien, fait des vocalises. Il campe le rôle d’un pêcheur, artiste déchu et contraint de s’improviser passeur. Ce spectacle du producteur Méziane Azaïche évoque le désir d’exil, une histoire qui finira par s’enrichir et se construire de façon presque organique, orale et intuitive.

Yamoussa Camara, alias Junior, se place au centre de la piste. Il dirige six danseurs-acrobates qui forment une pyramide humaine en mouvement, incarnant un bateau de fortune, le mât et les voiles dans le vent et les courants. Les visages et les corps ne sont pas sans rappeler le drame du Radeau de la Méduse de Géricault.

Près de la barque, le passeur propose des répliques imagées et humoristiques. Ses improvisations font la joie du metteur en scène Régis Truchy et provoquent les rires de toute la troupe. La communication est fluide entre le metteur en scène, le fondateur et directeur de la compagnie Yamoussa Camara et le musicien et compositeur burkinabé Moussa Koita.

 

Créé en 2017, le spectacle Tana mou ri ? (« Comment ça va ? » en soussou, dialecte de la Guinée maritime, située entre la Guinée-Conakry et la Sierra Leone) est aujourd’hui bien plus qu’un spectacle de prouesses acrobatiques circassiennes. Au fil des répétitions, il ne cesse de s’enrichir de chants et de dialogues.

Cette création raconte « l’histoire dans l’histoire », celle d’une jeunesse ouest-africaine désemparée et candidate à l’exil. La compagnie du cirque Mandingue est composée uniquement d’orphelins de Guinée-Conakry, qui, pour certains, ont été atteints par la fièvre de l’exil après la disparition de leur première compagnie, le Circus Baobab, en 2007.

Il sont danseurs, acrobates, parfois chanteurs ou mimes. La complémentarité de ces langages artistiques magnifient leur spectacle. « La danse en Afrique est indissociable de pas et de figures acrobatiques. Les griots et conteurs sont souvent accompagnés de danseurs-acrobates », souligne le compositeur Moussa Koita.

« Malgré l’académisation de cette discipline, le caractère ethnique de la danse africaine ressurgit toujours », note Moussa Koita. « L’académisation est un carcan si on ne préserve pas une marge de liberté pour se concentrer sur l’intention, l’humain et l’émotion », renchérit Régis Truchy.

« Mon personnage est subjugué par les prouesses artistiques », dit aux candidats à l’exil Athmane Bendaoud, le passeur. Il souhaiterait qu’ils restent en Afrique et oeuvrent à faire découvrir la richesse de leur culture. « C’est une bonne chose de partir de chez soi pour partager sa culture africaine avec le monde. Il faut faire voyager le bonheur, les contes, la musique et les danses. Ensuite, il est bon de retourner chez soi », poétise Moussa Koita.

Yasmina Bennini (texte) et Damien Paillard (Photos)