Paris Xᵉ : la rue de Paradis fait le pari du zéro déchet

Poubelles pleines devant un immeuble de la rue de Paradis (75010)
La mairie de Paris mise sur la coopération citoyenne pour limiter le volume des poubelles.
Crédit photo : Sophie Rodriguez

L’association Zero Waste et la mairie de Paris lancent un défi pour réduire les déchets : durant une année, la rue de Paradis testera un modèle collaboratif qui pourra s’appliquer par la suite à toute la capitale. Mais dans la rue, commerçants et particuliers ne passent pas facilement de la théorie à la pratique.

Rue de Paradis, dans le Xe arrondissement de Paris. Chaque début de soirée, les trottoirs accueillent un défilé de poubelles pleines à craquer. Les automobilistes doivent subir la lente procession de quatre camions-poubelles, le long des 528 mètres de cette rue étroite. Avec ses 9 tonnes de déchets par semaine, la rue de Paradis fait partie des « mauvais élèves » du recyclage. Et l’arrondissement se place au-dessus de la moyenne, avec près de 500 kilogrammes par an et par habitant, contre 418 pour le reste de la capitale. Plus pour longtemps…

Une zone test sous observation

Dans le cadre du plan climat de la Ville de Paris, la mairie du Xe fait le pari du zéro déchet. À partir du 8 décembre 2018 et jusqu’à fin 2019, habitants et commerçants de la rue de Paradis sont incités à réduire autant que possible leur production d’ordures.

Mélange de logements privés et sociaux, d’écoles et de commerces, d’entreprises et de restaurants, la rue de Paradis est un échantillon représentatif de la capitale. Pour cette raison, la mairie a décidé d’en faire un terrain d’expérimentation qui permettrait, si l’opération fonctionne, de l’étendre à tout Paris.

Coordinatrice de l’opération, Loukia Bana, de l’association Zéro Waste Paris, présente le plan d’actions : « Après un recensement par questionnaires, il y a eu des consultations actives auprès des habitants, commerçants et entreprises. Des start-ups implantées dans la rue, comme One Heart ou KissKissBank, s’impliquent et nous donnent un coup de main, et le snack italien Manicaretti propose une remise aux clients venant avec leur propre contenant. Le but, c’est d’avancer avec eux et de réussir à les convaincre. »

Loukia Bana (à gauche), coordinatrice du projet pour l’association Zero Waste, et Jean-Paul Juquin, gérant du magasin Biocoop de la rue de Paradis.
Crédit photo : Sophie Rodriguez

Jean-Paul Juquin, gérant de l’enseigne Biocoop, explique : « Quand Zéro Waste nous a contactés, ils ont vite compris que la réduction des déchets, c’était notre credo, mais nous sommes prêts à pousser encore plus loin en mettant en place une consigne sur du kéfir de fruits vendu en bouteilles en verre. » Un volontarisme qui va de pair  avec la culture écologique de certains commerces. Pourtant, tous ne sont pas dans cette optique.

Vouloir n’est pas toujours pouvoir

Les propos sont plus mitigés dans les restaurants. Au 14 Paradis, le chef explique qu’il trie ses déchets et limite l’usage d’emballages en plastique, mais qu’il ne fera rien de plus, faute de temps et de moyens. L’autocollant de l’opération a tout de même été apposé sur les portes d’entrée des principaux bars et restaurants. Quentin, gérant du bar à vin La Fédération française de l’Apéritif, « n’a pas trop le temps et n’a vu personne de la mairie. On trie nos déchets, on trie le verre mais la filière de la consigne est quasi inexistante en France, contrairement aux pays nordiques ».

Quentin gérant d'un bar à vin
Quentin, gérant d’un bar à vin, se heurte aux difficultés pratiques de la réduction de déchets, notamment sur le problème de la consigne.
Crédit photo : Sophie Rodriguez

« Une diminution d’au moins 10 % sur un an »

Pamela, habitante de la rue de Paradis depuis plus de 10 ans, aurait « aimé plus d’explications sur tout ce qui sera en commun, partagé, car c’était assez vague ». Mais comme elle, la majorité des riverains adhèrent au principe de ce projet ambitieux, qui est bien plus qu’une simple optimisation du recyclage. Au-delà de l’appellation « Zéro déchet », qui paraît un peu utopique, le but premier est d’atteindre une « diminution d’au moins 10 % sur un an du poids des ordures, soit 50 kilogrammes de moins par personne et par an », rappelle Alexandra Cordebard, la maire PS de l’arrondissement. Le défi est lancé, il reste un an aux riverains pour donner l’exemple.

Ndeye Alatiba