Les retraités en colère se mobilisent contre la politique sociale du gouvernement

Une retraitée, du syndicat Solidaires, manifeste contre la diminution de son pouvoir d'achat, mardi 18 décembre 2018, devant le ministère de l'Economie et des Finances.
Le 18 décembre, le ministre de l’Économie et des Finances n'a pas reçu les représentants des retraités. Des CRS ont été déployés devant Bercy.
Crédits photo : Sophie Rodriguez
L’abandon de la hausse de la CSG pour les retraités les plus modestes, annoncé le 10 décembre par Emmanuel Macron, n’a pas empêché la manifestation prévue le 18 décembre devant Bercy, à l’initiative de neuf syndicats. Les retraités expriment les difficultés financières auxquelles ils sont confrontés, et le sentiment de n’être pas pris en considération.

« Macron rend le pognon », scandent les retraités rassemblés mardi matin devant le ministère de l’Économie et des Finances. En mars dernier, au plus fort de leur mobilisation, ils étaient plusieurs dizaines de milliers dans les rues. Ce 18 décembre, devant Bercy, ils sont quelques centaines à avoir répondu à l’appel de neuf syndicats et à manifester leur colère face au gel de leurs retraites et à la baisse de leur pouvoir d’achat. D’autres rassemblements ont eu lieu en région.

« On n’a plus de loisirs »

Georgette, 62 ans, pacifiste et gilet jaune assumée, a affiché sur son dos le montant de sa retraite : 920 euros par mois. « On commence à sérieusement s’inquiéter lorsque la fin du mois arrive… », indique cette ancienne cuisinière, qui a commencé à travailler à 15 ans. Elle et son mari ne parviennent plus à aider leur fille, auxiliaire de vie qui élève seule ses enfants, paie 800 euros de loyer et ne dispose plus que de 300 euros pour manger. « Qu’est-ce qu’on mange ? Du Leader Price à – 30 %. On n’a plus de mutuelle, on n’a plus de loisirs », s’attriste la retraitée.

Un groupe de retraitées se sont masqué le visage pour signifier qu’elles sont « invisibles » pour le gouvernement. Parmi elles, Madeleine, 67 ans, une ancienne enseignante, s’indigne :

« Ce régime est inquiétant. Il vise les faibles, les pauvres, les handicapés, les jeunes puisqu’ils touchent les APL, les retraités. En plus, la répression policière se renforce. C’est pour cela que je suis dehors. »

Crédit photos du diaporama : Sophie Rodriguez

« Il ne reste rien »

Ancien employé de la Poste, Patrick Besson, 72 ans, réclame l’indexation des pensions sur le coût de la vie. « C’est dur. Si on enlève la mutuelle, le loyer, les impôts, la nourriture. Il ne reste rien. » Sur sa pancarte figure le slogan : « Macron, SDF au pouvoir sans difficulté financière ».

Entre 2013 et 2017, les pensions du régime de base n’ont quasiment pas augmenté ; en 2017, elles ont été revalorisées de 0,8 %, mais elles ont été gelées en 2018. En août dernier, le gouvernement a fait savoir qu’en 2019 et en 2020, pour réaliser des économies, elles ne seraient pas indexées sur l’inflation. « On attendait la hausse des retraites, on n’aura que 0,3 % », déplore Didier Hotte (UCR-FO), alors que le taux d’inflation s’élève à 1,9 %.

« On n’a plus l’avenir devant nous »

Madeleine demande la revalorisation de sa retraite et la suppression immédiate de l’augmentation de la CSG de 1,7 point. « Quand on a un certain âge, on a des maladies à traiter. On n’a plus l’avenir devant nous et en plus, on est des vaches à lait ! », conclut-elle. « C’est scandaleux de bloquer la retraite pour deux ans. Où va cet argent ?  », se demande pour sa part Béatrice, qui s’étonne que les fonctionnaires puissent, quant à eux, bénéficier d’augmentations (840 millions d’euros seront l’an prochain dévolus aux hausses de salaire des fonctionnaires).

Parmi les revendications des retraités devant Bercy, figurent aussi le recrutement d’un personnel qualifié dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et la prise en charge de la perte d’autonomie à 100 % par la sécurité sociale.

Des annonces au compte-gouttes

Le 10 décembre, Emmanuel Macron avait annoncé que les retraités touchant moins de 2 000 euros, tous revenus confondus, seraient exemptés de la hausse de la CSG. Mais, mardi, l’attitude compréhensive de l’exécutif s’arrêtait là ; en effet, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, n’a pas reçu les représentants des retraités. Une poignée de manifestants, membres du syndicat Solidaires, ont donc bloqué la circulation pendant un quart d’heure. Ils se sont dispersés à la suite de l’intervention des CRS, qui se sont déployés devant Bercy.

Le 19 décembre, au sortir du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, annonçait que l’exonération de la hausse CSG dont bénéficieraient 70 % des retraités serait appliquée au plus tard en juillet 2019. Le trop-versé fera l’objet d’un remboursement rétroactif. En attendant ce remboursement, les fins de mois des retraités les plus modestes resteront difficiles.

Doïna Munteanu

À écouter et à voir Immersion sonore et visuelle dans la manifestation des retraités à Bercy