À Montreuil, les gilets jaunes ne comptent pas se résigner

Rassemblement des gilets jaunes, à Montreuil, Croix-de-Chavaux, le 17 décembre 2018.
Crédit photo : Myriam Renaud

Les manifestants, pas convaincus par les annonces du président de la République, ont décidé le 11 décembre d’établir un point fixe à Croix-de-Chavaux. Sous leur barnum, ils s’organisent et espèrent s’installer dans la durée.

Montreuil, Croix-de-Chavaux, 17 h 20. Un petit groupe de gilets jaunes déboule avec un énorme tonneau en ferraille qu’ils installent à quelques mètres du barnum marquant l’emplacement de ce nouveau point fixe. On y allume un feu qui crache rapidement quelques flammes. Autour de ce brasero improvisé, ceux qui étaient d’astreinte depuis plus d’une heure, Thierry, Jean-Louis, Ouahiba et les autres, se rassemblent.

Le point fixe s’est constitué le 11 décembre et Thierry, la trentaine, l’a rejoint quelques jours plus tard. Le groupe de manifestants, à peine formé, l’a immédiatement accueilli et lui a attribué ses premières responsabilités, comme acheter des éponges. « Ça n’a l’air de rien mais là, le café vient de se renverser. Il a inondé la table de camping, le cahier de doléances est trempé, il faut nettoyer », explique-t-il.

« Ici, on repense complètement la constitution. »

Pour le moment, le point fixe, monté au lendemain de l’allocution du président Macron au plus fort des manifestations, ne ramène pas foule. Ce lieu de rassemblement et d’échanges, censé collecter les idées et doléances, démarre tout juste. Des palettes en bois font office d’estrade, quelques personnes hissent une bannière noire tel un drapeau de pirate qui flotte au-dessus du campement.

« Le mercredi et le jeudi, je viens de 15 h 30 à 19 heures, ce sont mes jours d’astreinte », raconte Thierry, avant de continuer : « À la manière du club des Jacobins de la Révolution française, ici, on repense complètement la constitution ». Jean-Louis, ex-ingénieur en informatique et qui a aujourd’hui une retraite « confortable », s’indigne des annonces « au rabais » lancées par Macron pour amadouer les manifestants. C’est pourquoi, dès le lendemain, il n’a pas hésité : « Lors d’une manif place de la République, les Montreuillois nous ont demandé de garder le point fixe. J’ai tout de suite accepté », précise-t-il.

Jean-Louis, membre actif des gilets jaunes à Montreuil, le 17 décembre 2018.
Crédit photo : Myriam Renaud

Trouver des bricoleurs pour construire une cabane

Le barnum a été financé grâce à une collecte. Une boîte à dons permet de rembourser les dépenses quotidiennes. Sur le cahier de doléances, on peut lire : « J’aimerais un micro pour que chacun puisse s’exprimer ». Jean-Louis montre du doigt un câble électrique qui court le long d’un lampadaire : « On l’a posé il y a quelques jours mais il n’est pas assez long, et surtout, on ne sait pas comment sécuriser le branchement… avec la pluie. »

Les gilets jaunes se massent autour du brasero et entament la réunion. Le sujet ? Trouver des bricoleurs pour construire une cabane en lieu et place du barnum qui, lui, est démonté tous les soirs. Les policiers ? « On les a pas encore vus. Ils nous foutent la paix pour le moment. De toute façon, on ne gêne personne, on ne harangue pas la foule », lance une quinquagénaire, qui jette quand même un œil aux alentours. Le rassemblement des gilets jaunes de la Croix-de-Chavaux semble bien parti pour durer.

Pierre-Alain Faure