Plan grand froid : un gymnase de Montreuil accueille 40 sans-abris jusqu’au 2 janvier 2023

Les températures négatives ont conduit la préfecture d’Île-de-France et le gouvernement à déclencher le plan grand froid, le 12 décembre dernier. Montreuil fait partie des quatre villes de Seine-Saint-Denis mobilisées. Dans ce cadre, la commune met à disposition l’un de ses gymnases municipaux.

En Île-de-France, le plan grand froid a été déclenché le 12 décembre sur deux départements : Paris et la Seine-Saint-Denis. Lorsque les températures minimales ressenties descendent à des niveaux très bas au moins deux jours consécutifs, le dispositif permet à la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement de réquisitionner des bâtiments publics pour mettre à l’abri des personnes vivant à la rue. Ainsi, jusqu’au 2 janvier 2023 un gymnase de Montreuil est réaménagé en hébergement d’urgence par le Centre communal d’action sociale de la ville et géré par l’association Cités caritas. 40 personnes sans-abri y sont accueillies, 36 d’entre elles sont originaires de la Côte-d’Ivoire.

« Les journées sont longues mais, au moins, on est au chaud »

Awa a 22 ans. Enceinte de quatre mois, elle attend son premier enfant. Toute sa vie tient dans ses grands cabas calés sous son lit. Elle est arrivée au gymnase mardi 13 décembre dernier avec son compagnon. Tous deux migrants ivoiriens, ils ont passé un mois à dormir à la rue, dans les gares RER de Noisy-le-Sec, Pantin ou Bondy. Après des heures et des jours à appeler le 115, elle a été « contente » d’apprendre qu’une place en hébergement leur avait été accordée, alors que les températures se faisaient glaciales. Le gymnase municipal est chauffé. Trois repas quotidiens et des kits d’hygiène sont fournis, en partenariat avec la Croix-Rouge.

Les effets personnels d’Awa et le couchage qui lui est dédié dans l’urgence. Paris XIXe, 22/12/2022. © Stéphane Marcault

C’est l’association Cités caritas qui gère la logistique au quotidien, pour le compte de la ville de Montreuil. « Notre objectif est de faire passer les gens, de la rue, à des solutions de logement pérenne. On se sert de ce type de dispositif, le plan grand froid, pour le faire, mais cela reste temporaire » déclare Marthe Yonh, directrice de transition de la branche hébergement 93/94/95 au sein de l’association.

L’hébergement pérenne est l’objectif principal

« Pour nous, l’objectif est d’éviter les retours à la rue, mais si on n’a plus de locaux, c’est dur », poursuit la responsable de l’association. « Ce n’est pas nous qui décidons. Les gens doivent passer par le SIAO, le Service intégré de l’accueil et de l’orientation, qui gère notamment les places disponibles dans les centres d’hébergement d’urgence. C’est seulement en fonction des places disponibles que l’on pourra orienter les gens. »

L’année dernière, l’association avait réussi à n’avoir aucun retour à la rue. « On intervenait sur un gymnase à Montreuil, avec 30 personnes hébergées. Cette année, on gère quatre gymnases. Franchement, je ne sais pas comment cela va être possible… » s’inquiète Marthe Yonh.

Bien que les températures dépassent désormais les 10°C à Paris, le plan grand froid reste en place pour la durée des fêtes de fin d’année. Il pourra être reconduit en fonction des conditions climatiques. Pour l’instant, la seule recommandation faite aux personnes hébergées est de recommencer à appeler le 115 à partir du 2 janvier 2023.

Texte : Pamela Eanga

Photo : Stéphane Marcault

Le désarroi des habitants du Clos-français, à Montreuil, toujours en attente d’être relogés

Depuis plus d’un an, les habitants du quartier du Clos-français situé à Montreuil (93) attendent d’être relogés. La barre de l’immeuble D dans laquelle ils vivent devait être détruite fin décembre 2022. Le projet a été repoussé à janvier 2023, faute de solution de relogement. 

Cela fait maintenant un an que les habitants de la barre D du Clos-français à Montreuil patientent. Initialement prévue en décembre 2022, la destruction de la barre datant des années 1970 et regroupant 96 logements, a été repoussée à janvier 2023. Les habitants disent n’avoir reçu aucune information sur leur relogement.

« C’est édifiant, vous allez voir, de beaux logements mais dans un sale état », explique une habitante du quartier, désespérée par la situation de son amie, résidente de la barre D,  tout comme de l’état de l’immeuble de celle-ci. Siva Calaivanane, 28 ans, vit chez son père, locataire ici depuis vingt-quatre ans : « Ça fait un an et demi que mon père a déposé sa demande de relogement et il ne se passe rien, explique-t-il, alors que la démolition était prévue en décembre 2021. » Un chauffe-eau défectueux, des réparations effectuées partiellement, des problèmes d’humidité ponctuent le quotidien du sexagénaire.

Le quartier La Noue-le-Clos-français à Montreuil (93) est constitué de 75 % de logements sociaux. © Claire Corrion

Un quotidien similaire à celui de Mmes Diaby et Tabetroukia. La première, âgée de 28 ans, vit dans le bâtiment D avec sa mère et ses sœurs depuis dix ans. Avec sa mère, elles ont effectué une demande de relogement restée sans suite : « On a envie de partir, il y a des taches d’humidité sur les murs du dernier étage, et des rats ! Mes sœurs ont peur de traverser l’allée tellement ils sont nombreux ! » s’exclame-t-elle. Les rats sont aussi un problème pour Mme Tabetroukia, 62 ans, qui vit avec son mari et ses deux fils : « Évidemment qu’il y a des rats partout, on n’a pas de local à poubelles. » Mais ce n’est pas la seule difficulté : « Je n’ai plus d’eau chaude et ma douche est dans un tel état que je ne veux pas l’utiliser, confie-t-elle au gardien venu constater les dégâts. Quand on rentre, on est obligés d’utiliser la lumière de notre portable car il n’y en a pas dans l’escalier. » Démunie face à cette situation, Mme Tabetroukia désespère : « Pourquoi nous laissent-ils comme ça ? Je ne comprends pas. »

Lors de la démolition d’un immeuble, la mairie doit obligatoirement procurer aux locataires un logement de remplacement qui répond aux mêmes critères que le précédent. Jusqu’à trois propositions peuvent leur être faites,  mais les critères ne sont pas toujours respectés, explique celui que l’on surnomme « Fedo », président de l’association Droit au logement de Montreuil. En raison de leur situation précaire, les habitants sont, toutefois, poussés à accepter rapidement une proposition.

Texte : Chloé Bachelet

Photos : Claire Corrion

 

Plus de 3000 sans-abri meurent dehors en France selon les estimations du Collectif les morts de la rue

Le Collectif les morts de la rue dénombre pas moins de 451 décès de personnes « sans chez-soi » en 2022 sur l’ensemble du territoire français, dont 161 à Paris. Pour les membres de l’association, ces données sont très loin de la réalité.

L’association Le Collectif les morts de la rue a recensé 451 décès de personnes sans domicile en France entre le 1er janvier et le 10 décembre 2022. À Paris, ils en ont compté 161. Un chiffre « provisoire » et « en-dessous de la réalité », souligne Chrystel Estela, coordinatrice de l’association, qui précise qu’« en croisant nos données avec celles de l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale], nous estimons qu’il y a en réalité cinq fois plus de morts ». Le dernier rapport du Collectif estime ainsi à 3024 le nombre de sans domicile morts non recensés en France en 2021, en plus des 620 recensés par l’association la même année. Selon l’Insee, il y avait 133 000 sans domicile en 2011.

Le rapport du Collectif les morts de la rue, dont la sortie est prévue en octobre 2023, n’est pas exhaustif. D’abord, parce que les données ne sont pas transmises en temps réel : l’association continue de recevoir, en 2022, des signalements de décès pour l’année 2021. D’autre part, parce que l’association dépend du bon vouloir de chacun pour remonter le décès des sans domicile. Presse, hôpitaux, municipalités, commissariats, riverains « ne nous connaissent pas toujours, ou bien n’ont pas le réflexe de nous contacter », explique Chrystel Estela.

L’association du XIXe arrondissement de Paris est l’unique institution qui collecte des données sur les morts de personnes sans domicile en France. Depuis 2012, elle publie chaque année un rapport sur le sujet. L’étude de 2021 nous apprend que les sans-abri ont une espérance de vie de 48 ans, contre 83 ans au sein de la population générale en France.

  • Une des affiches du Collectif les morts de la rue, tenue par les bénévoles. Paris XIXe, 22/12/2022. © Zoé Perrin

Texte : Guilhem Bernes

Photos : Zoé Perrin

XXe arrondissement : un studio radio portable pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas

Une quinzaine d’enfants de 6 à 10 ans ont été initiés à la prise de parole ce jeudi 22 décembre dans une association d’éducation populaire du XXe arrondissement de Paris. Un premier atelier d’une série qui vise à favoriser l’expression de celles et ceux qu’on entend peu dans les médias.

« Qu’est-ce que tu as aimé en 2022 ? » « La journée sportive avec l’école, parce qu’on a fait du foot », répond avec un grand sourire Hamza à Fabrice qui anime l’atelier radio ce jeudi après-midi. Pour la première fois à l’Association d’éducation populaire Charonne Réunion (AEPCR) du XXe, une quinzaine d’enfants entre 6 et 10 ans testent la nouvelle Radiobox. Studio compact et simplifié, ce boîtier portable permet d’enregistrer et de diffuser des programmes radio partout. En offrant un lieu d’expression aux jeunes, cet atelier s’insère dans la mission de l’association qui promeut le vivre-ensemble.

« Poser des questions responsabilise et valorise »

L’objectif de cette Radiobox ? « Redonner la parole à des publics qui ont l’impression qu’on la leur a confisquée », résume Yahia Adane, directeur de la structure. Concrètement, cette radio portable permettra d’aller à la rencontre des gens du quartier en faisant des ateliers à l’extérieur des locaux de l’association, de réaliser des interviews et des débats ou de faire connaître les structures de proximité.

Les enfants se succèdent au micro. Certains en profitent pour plaisanter, comme Naïm qui lance tout fier : « Je suis la star du foot ! » D’autres, plus timides, ne répondent que par bribes. Cette expérience fait cependant des heureux, à l’image de Lazare, 6 ans, qui conclut, un sourire malicieux en coin : « J’ai bien aimé. »

L’activité radio du centre de loisirs de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion. Paris XXe, 22/12/22. © Ophélie Loubat

Pour Aline Grasperge, qui poursuit une thèse en sciences de l’éducation et travaille à l’AEPCR, « cet outil paraît anodin mais ne l’est pas. Il permet de donner la parole aux voix inaudibles et de parler du quotidien ». Quant à Sanhadja Akhrouf, éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse qui suit des jeunes passant leur Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) dans l’association, elle estime qu’ « être en situation de poser des questions responsabilise et valorise. »

Une radio née du confinement

Le début de l’aventure radiophonique remonte au premier confinement, lorsque David, un des animateurs, a organisé et enregistré des débats à distance avec des jeunes. Portant sur cette période et ses conséquences, les échanges étaient mis en ligne sur la chaîne YouTube Radio’Charonne. Par la suite, David a découvert la Radiobox, produite par Making waves, une association qui vise à rendre la radio accessible à tous. Son acquisition a été financée par la caisse d’allocations familiales, avec le soutien de la mairie de Paris, convaincue que ce projet correspond à la mission sociale de la structure.

Le deuxième épisode de l’aventure est prévu la semaine prochaine au même endroit. Ce sera au tour des ados de tenir le micro. Naïm réitèrerait bien l’expérience. Avant de céder sa place à un autre enfant, il s’exclame : « Ah! J’aime trop parler dans les micros! »

Texte : Perrine Kempf

Photos : Ophélie Loubat

À la maternité des Diaconesses, les soignants se réjouissent de fêter Noël entre collègues

Pour l’équipe soignante de la maternité des Diaconesses, être de garde le soir du réveillon est un rituel joyeux malgré la charge de travail. C’est aussi, pour certains, une échappatoire aux réunions familiales.

« C’est agréable de voir la vie ! », s’exclame Olivia, secrétaire médicale depuis mars dernier à la maternité des Diaconesses à Paris XIIe. Depuis 2019, les clochettes de Noël n’y avaient pas sonné. Cette année, une crèche a été installée dans le hall d’entrée et, le soir du réveillon, deux couples de danseurs donneront une performance dans les couloirs du service. « Nous avons un peu initié le mouvement ! Quand les sages-femmes et les patientes entrent dans notre bureau décoré, elles ont le sourire », lance Clémentine, une collègue d’Olivia.

« On essayera de donner de la joie aux familles »

« Je ne sens pas encore la magie de Noël. C’est plus le jour J qu’on la sent », confie Estelle, infirmière au sein de l’unité Kangourou, un service de puériculture dédié aux prématurés. « On organise toujours un petit dîner entre nous », indique l’infirmière qui travaillera le 24 décembre. Chaque membre de l’équipe a inscrit sur un petit tableau, situé dans la salle de repos, ce qu’il compte apporter. « On essayera de donner de la joie aux familles. Globalement, il y a toujours une atmosphère plus détendue à Noël », témoigne Blandine, sage-femme depuis deux ans et demi. Elle aussi passera le réveillon à la maternité, comme par le passé.

 

Clémentine et Olivia, toutes deux secrétaires médicales à la maternité des Diaconesses, Paris XIIe. Décembre 2022. © Claire Corrion

« C’est toujours très festif en dépit de la quantité de travail »

Thierry, gynécologue-obstétricien et ancien chef de service de la maternité, a aussi connu plusieurs soirs de garde, le 25 décembre. Pour lui, travailler pendant les fêtes de fin d’année s’avère un bon prétexte pour échapper aux obligations familiales : « C’est l’avantage de passer les fêtes à la maternité ! C’est toujours très festif en dépit de la quantité de travail. Mais, évidemment, il ne faut pas le dire », ajoute-t-il en riant.

Texte : Bérénice Paul

Photos : Claire Corrion

Gilets jaunes de Montreuil : moins de manifs mais toujours solidaires

Des Gilets jaunes de Montreuil (93) investissent chaque mercredi une cantine sociale de la ville. Fruits et légumes sont récupérés, cuisinés et proposés à prix libre. Une manière pour les anciens manifestants de poursuivre leur action collective.

« On a arrêté les manifestations parce qu’on n’arrivait même plus à en faire une complète, tellement on était encadrés par les flics », déplore François Gloriaux, 66 ans. Malgré l’épuisement du mouvement social, des Gilets jaunes de Montreuil poursuivent leur action collective autrement grâce au milieu associatif montreuillois autogéré. Chaque mercredi, ils participent à une cantine à prix libre.

Un projet qui s’insère dans le tissu associatif et militant de Montreuil

Plusieurs fois par semaine, les membres de l’association Les bons petits légumes récupèrent à Rungis fruits et légumes. Les denrées sont ensuite réparties entre les différentes cantines de l’AERI, association humanitaire d’entraide et de rencontre à Montreuil. Plusieurs groupes en profitent, notamment le collectif des Gilets jaunes. Le public peut ensuite consommer les plats préparés en payant le prix qu’il souhaite. Les plus précaires peuvent le faire gratuitement : « C’est une cantine sociale quand même, pas un restaurant », précise Giorgio Lahiani, qui participe aux assemblées générales du collectif. Il s’occupe notamment de l’« auto-wash » : un système de bassines permettant à chacun de nettoyer sa propre vaisselle. 

Une bénévole sert le repas préparé pendant la matinée à la cantine des Gilets jaunes. Montreuil, 21/12/2022. © Ophélie Loubat

Monique Pedren est une des initiatrices du projet. Elle a tenu pendant un an la cabane des Gilets jaunes de Montreuil, construite en janvier 2019 place Jacques-Duclos, dans le quartier de la Croix-de-Chavaux. Les premiers repas ont été organisés peu avant le confinement en mars 2020 et ont repris juste après : « Depuis, on n’a jamais arrêté », commente-t-elle.

Contre « la hiérarchie »

La plupart de ces Gilets jaunes ont déjà été bénévoles dans d’autres associations. Tous apprécient l’horizontalité de l’organisation. À l’inverse, Monique Pedren confie avoir vécu une mauvaise expérience dans une autre structure : « Il y avait énormément de rapports de pouvoir entre le chef, le sous-chef, le sous-sous-chef… »

Accueil du public à la cantine des Gilets jaunes. Montreuil, 21/12/2022. © Ophélie Loubat

Derrière le comptoir, Pascal Germain dresse les desserts : une génoise roulée au chocolat, accompagnée d’une tranche de carambole taillée en étoile. Il avoue être « tombé amoureux du lieu » dès son arrivée en tant que cuisiner, il y a un an et demi. Diplômé d’un CAP cuisine, il avait quitté son premier travail car il n’y « supportai[t] pas la hiérarchie ». Il est ensuite devenu cadre ingénieur à EDF. Aujourd’hui retraité, la cantine des Gilets jaunes, comme plus largement l’AERI, lui permet de « boucler la boucle », en retrouvant les gestes de son premier métier.

Infos pratiques :
AERI, 57 rue Étienne Marcel, 93100 Montreuil
M° Croix-de-Chavaux
Email : cantinegjmontreuil@riseup.net

Texte : Imane Lakhbar

Photos : Ophélie Loubat

Collecte de dons aux Lilas pour étudiants en difficulté

Comment venir en aide aux étudiants ? Grâce au conseil des jeunes de la ville des Lilas, une collecte solidaire se tient tous les mercredis jusqu’au 25 janvier 2023 au Kiosque, lieu d’information et d’écoute destiné aux jeunes en situation de précarité et à leur famille.

« Cela fait bizarre de voir que notre projet marche », confie Marine, 20 ans, à la vue d’une retraitée apportant un cabas débordant de vêtements et d’assiettes. Cette Lilasienne est heureuse de constater le nombre d’affaires réunies en seulement deux semaines : vêtements, cosmétiques, vaisselle, mais aussi des bijoux, un skate, une guitare… Depuis le 7 décembre et jusqu’au 25 janvier, le conseil des jeunes des Lilas, auquel elle appartient, organise une collecte de dons non alimentaires en faveur des étudiants en difficulté.

Une démarche inclusive

Selon Linkee, association qui redistribue des produits alimentaires, un étudiant sur trois fait face à la précarité. Consciente de ce problème majeur, Marine a voulu mettre en place une démarche inclusive, notamment pour ceux qui ont du mal à accepter leur situation et à admettre qu’ils ont besoin d’aide : « Ce n’est pas facile quand on est jeune d’aller dans une association solidaire, on ne se sent pas forcément légitime. C’est pour cela que nous n’avons pas écrit dans l’annonce que ces dons étaient à destination de ceux qui n’ont pas de moyens. » « Si on ne sait pas quoi faire de ses affaires, on les dépose ici et on fait le bonheur de certains », surenchérit Laure, informatrice jeunesse du Kiosque, qui accompagne Marine dans cette démarche.

Vêtements, bijoux et vaisselle recueillis lors de la collecte solidaire, au Kiosque. Les Lilas, 21/12/2022. © Stéphane Marcault

Un projet engagé au succès grandissant

Marine et Laure n’oublient pas les enjeux écologiques : « Zéro déchet pour vous, zéro euro pour eux, 100 % citoyen pour tous et toutes », tel est le slogan inscrit sur les prospectus. Une initiative qui permettra au conseil des jeunes de réaliser d’autres projets dans l’avenir, au vu du succès de celui-ci. Regardant du coin de l’œil l’inventaire des objets récoltés, la jeune femme de 26 ans s’interroge sur la date limite de dépôt des dons. Cette initiative, qui ne cesse de croître, est une telle réussite qu’elle pourrait « accepter des dons passés le 25 janvier ». « On fera une remise de dons en février, poursuit-elle, et, en fonction de ce qu’on reçoit, on verra si on organise une ou plusieurs soirées. »

Marine constate que la plupart des donateurs sont des personnes âgées de 45 à 60 ans : « Cela fonctionne comme on espérait : les personnes de cette tranche d’âge ont plus à donner qu’à recevoir et inversement pour les 15-25 ans. »

Texte : Margot Bonnéry

Photos : Stéphane Marcault

Un restaurant solidaire au Pré-Saint-Gervais réinsère des femmes en situation de précarité

Le Pré de chez vous, un nouveau restaurant solidaire au Pré-Saint-Gervais, a pour objectif de former et de réinsérer des femmes. Une initiative municipale et citoyenne, dont le succès redessine tout un quartier.

Former et insérer des femmes éloignées de l’emploi ou en situation précaire, c’est l’objectif du restaurant solidaire Le Pré de chez vous. Il a ouvert voici quatre semaines au Pré-Saint-Gervais, 1 rue Lamartine. En cuisine, Keltoum, la trentaine, raconte qu’elle a exercé beaucoup de petits jobs avant de reprendre pied. « J’ai eu des situations délicates à gérer au début. Mes trois enfants étaient âgés de 6 mois à 8 ans à l’époque. Aujourd’hui, ils ont 14 et 22 ans » explique-t-elle. Dans les relais solidaires. Ce réseau, auquel appartient le restaurant vise une insertion professionnelle via les métiers de bouche. Elle a pu suivre une formation de cuisinière, en 2016. Une fois son diplôme en poche, Keltoum a travaillé à Pantin avant d’être recrutée au Pré de chez vous.

Les voyages culinaires proposés par le restaurant Le Pré de chez vous. © Nathalie Fristot

 « Donner libre cours à ses créations »

Mehrnaz, originaire d’Iran, pâtissière de 38 ans, est réfugiée politique. Elle est arrivée sur le territoire en 2014, avec sa fille de 12 ans et son fils de 8 ans, sans connaître un mot de français. Pendant quatre ans, elle a reconstruit sa vie, apprenant en autodidacte la langue. Titulaire d’un bac +3 en théâtre, elle était photographe de mariage pendant douze ans en Iran. À Paris, elle a été serveuse dans le restaurant Les Cuistots migrateurs à Paris XIIe , il y a deux ans. C’est là où travaille actuellement son mari, chef de cuisine depuis six ans. « Ma passion, ce sont les gâteaux. J’adore revisiter des recettes à ma façon, tout fait maison » confie Mehrnaz. Tout comme ses gâteaux aux épinards ou en forme de sapin que l’on peut voir sur le compte Instagram du Pré de chez vous. Voilà ce qui l’a incitée à venir y travailler : pouvoir donner libre cours à ses créations.

La réinsertion comme levier pour revitaliser des quartiers

Jérémie, un habitué d’une quarantaine d’années, confie venir au moins deux ou trois fois par semaine. Il mange parfois sur place mais choisit le plus souvent la formule à emporter car il travaille juste en face. Ce mardi midi, tous les clients ont apprécié la cuisine iranienne de Mehrnaz et Keltoum. Le Pré de chez vous, créé avec l’aide de la municipalité du Pré-Saint-Gervais et l’action citoyenne est un lieu qui a été choisi par les habitants du Pré-Saint-Gervais pour être inscrit dans le cadre du développement du quartier prioritaire de la ville les Sept Arpents en 2020. Le concept semble être un succès qui porte ses fruits au-delà de la réinsertion : « Le quartier est enfin en train de changer en créant des nouveautés comme ce restaurant sain », ajoute Jérémie, il précise aussi que : « C’est aussi un quartier chaud. Il y a de la prostitution par exemple. Mais elle est en train de se désagréger peu à peu. »

Texte : Michaël Mannarino

Photos : Nathalie Fristot

Solidarité : dans le XXe, un réveillon de Noël pour les plus démunis affiche complet

Pour que des personnes dans le besoin ne se retrouvent pas seules le soir de Noël, l’association Autremonde organise une fête dans le XXe arrondissement de Paris le 24 décembre.

85 personnes en situation de grande précarité célébreront ensemble le réveillon de Noël à la Flèche d’Or, une salle de concert située rue de Bagnolet dans le XXe arrondissement de Paris. Au programme : un repas concocté par l’association Sawa et un concert du groupe de musiques du monde Abou Baga. Une équipe de vingt bénévoles, dont des jeunes du foyer des Amandiers qui s’occuperont du service, animera l’événement financé par la Fondation de France. L’initiative vient de l’association Autremonde.

En une dizaine de jours, toutes les invitations pour la soirée ont été distribuées à des habitués de l’association. L’équipe d’Autremonde doit maintenant refuser des demandes. « Cette soirée est l’occasion de mettre de côté ses difficultés. C’est un moment festif et de partage », confie Louise Rougé, salariée de l’association, qui s’occupe des pôles précarité et femmes. « Le lien social est au cœur du réveillon », renchérit Souad Zaied Akrout, qui travaille, elle, au pôle sociolinguistique.

« Un moment festif et de partage »

Autremonde est une association solidaire créée par des étudiants à Paris il y a vingt-huit ans et située dans le quartier de Belleville. Elle s’est donné pour mission de renouer et de maintenir le lien social avec des personnes seules, précaires ou immigrées. Des cours de français, des activités culturelles et des sessions d’informations sur l’accès aux droits sont proposés. Sans abris, réfugiés et personnes âgées ou isolées y trouvent un espace accueillant.

Texte : Perrine Kempf

Photos : Zoé Perrin

 

 

Journée internationale de la solidarité humaine : des enfants du Pré-Saint-Gervais offrent un goûter solidaire

À l’occasion de la Journée internationale de la solidarité humaine fixée au 20 décembre par les Nations unies, la Mairie du Pré-Saint-Gervais a organisé un goûter solidaire avec les enfants du centre de loisirs de la ville.

« Aujourd’hui, on a fait un atelier pâtisserie : des crêpes, des gaufres, des boules coco et du chocolat chaud », s’exclame Eya, 8 ans, emmitouflée dans son bonnet de père Noël. Abrités sous une tente au milieu du square Edmond-Pépin, les enfants du centre de loisirs du Pré-Saint-Gervais s’activent aux côtés des animateurs. Ils servent gratuitement aux passants le goûter confectionné par leurs soins le matin même et ne manquent pas d’interpeller les badauds intrigués : « Bonjour Madame, vous voulez une crêpe ? », « Qui veut une boule de coco ? », « Quelqu’un a besoin d’une serviette ? », « Une gaufre au chocolat pour le monsieur ».

Si les enfants ont pu autant s’investir, c’est grâce au projet « Solidarité » mis en œuvre par la mairie et le centre de loisirs de la ville. « On a déjà élaboré plusieurs projets solidaires. Cette saison, le thème du centre de loisirs, c’est “Noël féérique”. Nous avons donc voulu mettre en place un projet où tout le monde est le bienvenu. On veut transmettre l’esprit de partage », explique Assan Fakhri, directeur du centre de loisirs.

« Il y a plus de pâte à tartiner que de crêpes ! »

Cette générosité, les enfants en font preuve avec tout le monde : la première adjointe au maire chargée des politiques éducatives, Hawa Koné, en témoigne : « On est accueillis comme des rois ici. Ils sont généreux nos Gervaisiens ! », dit-elle les mains pleines de la nourriture donnée par les enfants. Cuisiner et offrir à manger ensemble dans la joie et la bonne humeur permet de susciter un esprit de camaraderie qui influe sur les mentalités. « À travers la nourriture, on peut faire passer tellement de messages aux enfants. »

Si le travail réalisé par les animateurs est essentiel pour le développement des enfants, c’est grâce aux projets élaborés avec l’adjointe au maire que les plus jeunes intériorisent cet esprit de solidarité et de générosité. « Ils sont super actifs, ils ont des projets extraordinaires. Ils nous ont même posé la question : « Regardez-nous et dites-nous : est-ce qu’on va vraiment réaliser les projets qu’on a dit qu’on voulait faire ? ». Une générosité qui parfois déborde. « Il y a plus de pâte à tartiner que de crêpes ! », s’exclame Hawa Koné le rire aux lèvres face à la montagne de chocolat s’échappant de la crêpe servie par la petite Malélé, 8 ans, qui n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Texte : Margot Bonnéry

Photos : Joris Château