Témoignage de primogréviste: Richard, 39 ans, développeur informatique

"Dans l’éco-système du numérique, on se sent souvent seul, on a du mal à aborder les sujets politiques", Richard Hannah, Paris, 19 décembre 2019 © Léonor Lumineau

Les technologies du web doivent permettre un meilleur partage des ressources et des connaissances, selon Richard. Réfutant la “start-up nation” qui bénéficie aux multinationales, il a fait grève pour la première fois.

Je suis développeur, et membre associé de la coopérative Fairness qui développe des applications sur-mesure pour les entreprises du privé et des services publics.

J’ai fait grève pour la première fois le mardi 17 décembre. Comme je suis mon propre patron, c’est plus facile pour moi de faire grève que pour certains salariés. Mais j’ai quand même dû envoyer des e-mails à mes clients pour leur expliquer, leur dire que je ne travaillerais pas pour eux. Et franchement, ce n’était pas évident !

Tout a commencé sur Internet. Après plusieurs discussions en ligne avec d’autres acteurs du numérique, on a écrit la tribune « Onestla.tech/ » pour réclamer une autre réforme des retraites. C’est le fait de contribuer à ce texte qui a éveillé ma conscience.

C’est bien d’être présent dans la rue, mais on peut faire plus. © Léonor Lumineau

Je suis de sensibilité de gauche, mais je n’avais jamais adhéré à un parti politique, ni vraiment milité. J’ai participé à ma première assemblée générale mardi, en pensant qu’on serait quatre ou cinq. Et à ma grande surprise, on était trente, entassés dans une salle surchauffée mais tous très enthousiastes !

Pour beaucoup, c’était la première grève et la première manifestation de leur vie. Dans l’éco-système du numérique, on se sent souvent seul, on a du mal à aborder les sujets politiques. Cette mobilisation a libéré la parole, ça fait un bien fou !

Dans notre secteur, les salaires sont plutôt élevés, mais ce n’est pas une raison pour se taire. Moi je ne veux pas qu’on casse le système français. De même, je ne me reconnais pas du tout dans la “start-up nation” du président Macron. Je la réfute, au contraire.

Grâce aux machines, partons à la retraite plus tôt

Les bases du métier, c’est la mise en commun des ressources et des connaissances. Mais là, on s’est perdu en chemin. On est en train de contribuer au capitalisme et à l’enrichissement des puissants. L’automatisation supprime des emplois, c’est vrai, mais il faut en profiter pour mieux distribuer les richesses. Et grâce à tout ce temps gagné, partons à la retraite plus tôt !

Avec le collectif Onestla.tech/, on réfléchit à d’autres moyens d’action. C’est bien d’être présents dans la rue, mais on peut faire plus. Se servir des outils numériques que l’on maîtrise pour aller plus loin. Tout en restant dans la légalité, bien sûr !

Propos recueillis par Aurélie Cerffond

 

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