Témoignage de primogréviste: Pierre, 34 ans, mécanicien poids lourd à la RATP

19 décembre, à Vitry-sur-Seine. Pierre* souhaite rester anonyme par peur des représailles. © Juliette Pavy

Gilet jaune de la première heure, Pierre* s’est engagé depuis le 5 décembre dernier dans une grève illimitée et éprouvante. Auprès de ses collègues de la RATP, il est déterminé à se battre jusqu’à l’abandon de la réforme des retraites.

J’ai commencé à travailler dès l’âge de 16 ans dans une boîte privée, puis j’ai intégré la RATP. C’est ma première grève. Si je me bats, c’est pour mes enfants. Ils sont aussi concernés que moi par ce projet de loi.

Le gilet jaune, je le porte fièrement, même si on le voit beaucoup moins ces derniers temps. Alors que tous ceux qui sont convaincus qu’il faut lutter contre les inégalités sont des Gilets jaunes sans le savoir. C’est un état d’esprit. Mais si personne ne réagit et que tout le monde se tait, le gouvernement n’écoutera jamais.

Cela ne sert à rien de casser les vitrines des magasins, il faut être plus intelligents que ça. Faire la grève en bloquant les transports, c’est une solution qui fait réagir les Français, qui fait baisser le chiffre d’affaires des commerçants, qui a des conséquences sur l’économie du pays, surtout en cette période de l’année. Tous les secteurs sont affectés. Les politiciens, qui ne sont intéressés que par les chiffres, n’ont donc pas d’autre choix que d’écouter.

Tous les jours, à quatre heures du matin, au piquet de grève

Il n’y a que comme cela que l’on peut se faire entendre, mais il faut aussi que le mouvement tienne dans la durée. On résistera jusqu’au retrait de la réforme, même si c’est épuisant. Ceux qui décident de ces lois, ils ne sont pas fatigués. J’aimerais qu’ils viennent ici, faire un travail physique, et comprendre la difficulté à maintenir ces rythmes.

Tous les jours, à quatre heures du matin, on se retrouve au piquet de grève. On bloque, on discute, et on fait entendre nos voix. Il y a une bonne entente entre grévistes, mais certains collègues ont choisi, eux, de travailler. Cela peut parfois affecter nos relations. De plus, on ne touche pas de salaire quand on est en grève. Alors que les manifestations des Gilets jaunes qui se déroulaient le samedi nous permettaient de travailler la semaine.

Nous sommes déterminés, nous allons tenir le plus longtemps possible jusqu’à ce que le gouvernement cède. S’il le faut, on passera Noël et les fêtes de fin d’année là-bas.

*Le prénom a été modifié.

Propos recueillis par Tiphaine Cramet

 

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