Parents et grévistes: concilier vie de famille et manifestation

Céline et Lorna, 43 et 35 ans, sont deux salariées dans une association et mères de famille. Elles sont en grève contre la réforme des retraites et participent aux manifestations. © Philémon Barbier

En ces temps de grève, les parents participant aux mobilisations doivent organiser leur vie de famille. Un arrangement de leur emploi du temps qui, étonnamment, crée un climat plus jovial.

Parents et grévistes, ils jonglent au quotidien entre leurs différentes responsabilités. Céline et Lorna, salariées en association, combinent organisation familiale et arrangements avec le travail. Ce qui change en partie les rôles. Chez Céline, c’est son compagnon qui se met en télétravail pour récupérer leur fille à l’école, pour le plus grand plaisir de celle-ci. “Habituellement, c’est moi qui prends en charge les temps scolaires”, explique Céline. Ronack, père d’un bébé de deux mois et professeur en grève reconductible, peut se dégager du temps grâce au congé maternité de sa compagne : “Il arrive qu’elle s’en occupe dix heures d’affilée. Pour compenser, je m’occupe des nuits et des matins, ce que je ne pourrais pas faire si je travaillais”.

Lorna souhaiterait manifester aux côtés de sa fille, mais elle trouve cela dangereux. © Philémon Barbier

Curieusement, ce qui pourrait générer de la tension semble avoir l’effet inverse : Céline parle d’une “ambiance exceptionnelle”, qui crée une “configuration plus insouciante”.  Pour elle, “le temps de la grève, c’est aussi une question de disponibilité émotionnelle : quand je rentre de manif, je suis joyeuse, et du coup je suis plus tranquille à la maison”. Lorna, quant à elle, évoque une forme de “lâcher-prise”, et aussi de joie : “Je me sens plus joyeuse généralement donc si elle se couche tard, je m’en préoccupe moins.”

Ronack explique à son fils ses motivations et pourquoi il se mobilise. © Philémon Barbier

Puisque la grève est si présente, il faut aussi pouvoir en parler. Avec la Grosse grève, un livre pour enfants, Lorna a trouvé une façon d’en discuter avec sa fille de trois ans. Ronack explique tous les jours à son fils où il va et ce qu’il va faire. Quant à Céline, dont les filles sont plus grandes, elle leur a expliqué la réforme, ce qui a permis de parler des écarts de salaire dans le couple parental. Outre les discussions, se pose aussi la question de partager certains moments. Lorna explique qu’elle aimerait emmener sa fille en manifestation mais qu’elle a trop peur de ce qu’il pourrait s’y passer. Céline, elle, préfère manifester sans enfants et explique que c’est le “seul moment où je n’ai pas de culpabilité à laisser leur père s’occuper d’elles et faire du télétravail”.

Si leurs responsabilités de parents sont une charge pour ces grévistes, le temps de la grève est donc aussi pour eux une façon de recomposer le quotidien en laissant la place aux surprises.

Juliette Rousseau

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