Témoignage de primogréviste: Alexandra, 26 ans, conductrice de bus

Portrait d'Alexandra, conductrice de bus RATP, primo-gréviste. © Paul Lemaire
Alexandra va passer son premier Noël en famille depuis qu’elle travaille à la RATP. © Paul Lemaire

Dépôt de bus RATP à Ivry-sur Seine (94). Dans le froid du matin, portrait d’Alexandra qui vit sa première grève.

Je suis conductrice de bus depuis trois ans. C’est la première fois que je fais grève. J’appréhendais cette mobilisation, car je ne savais pas à quoi m’attendre, entre la réaction des gens, la perte de salaire, le stress et la fatigue qui s’accumulent pendant les blocages du dépôt. Mais avec le recul je suis fière d’y participer. C’est un moment pendant lequel on tisse des liens forts entre grévistes. Je passe plus de temps avec mes collègues qu’avec mes proches en ce moment, ils sont devenus ma seconde famille.

Psychologiquement c’est un métier difficile.

Avant j’étais esthéticienne, très mal rémunérée pour beaucoup d’heures, comme tout le monde dans le commerce. J’aime l’idée d’être au service des gens, ça a plus de sens que de bosser chez Marionnaud. Conduire un bus, c’est un métier à lourdes responsabilités : on transporte des enfants, des personnes âgées ou handicapées, des femmes enceintes. Pour un salaire pas si élevé, je gagne entre 1500 et 1800 euros par mois suivant les heures sup’ que je fais.

Sans nous, la région ne tourne pas

Alexandra au dépôt RATP d’Ivry-sur-Seine. © Paul Lemaire

J’entends souvent dire qu’à la RATP on ne fout rien. Ce mouvement permet de démontrer que sans nous, la région ne tourne pas. C’est une forme de revanche par rapport à ceux qui nous désignent comme des “privilégiés”. Suivant les horaires de service, on peut se lever ou rentrer chez nous entre trois et quatre heures du matin. On bosse en trois-huit, avec des conséquences sur la vie de famille. Certes, on est assis derrière un volant, mais psychologiquement c’est un métier difficile. Le contact avec certains usagers est compliqué au quotidien, je reçois des insultes et je suis souvent rabaissée parce que je suis une femme. Mais j’ai quand même de la peine pour les gens qui galèrent pour aller au boulot dans ce contexte.

Cette année, comme les précédentes, je devais travailler les 24, 25, 31 décembre et le 1er janvier. Grâce à la grève, c’est la première fois depuis trois ans que je vais pouvoir passer les fêtes avec ma mère, qui est très malade. On nous réclame une trêve pour Noël, mais personne ne pense à nous quand on assure le service public durant les fêtes.

Propos recueillis par Jules Rondeau

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Pierre, 34 ans, mécanicien poids lourd à la RATP

Valentine, 25 ans, interne en neurologie

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