Témoignage de primogréviste: Victoria, 26 ans, professeure

Victoria, professeure-remplaçante et gréviste pour la première fois, 17 décembre 2019 © Paul Lemaire

Victoria est professeure remplaçante au collège Jean Lurçat à Saint-Denis (93). Elle enseigne le français à trois classes de quatrième. C’est sa première rentrée scolaire cette année et elle a participé à sa première grève le 5 décembre dernier.

En période normale, pour me rendre au collège, je compte cinquante minutes de trajet de porte à porte. Mais depuis le début des grèves, le trajet est beaucoup plus compliqué : je prends le métro, deux lignes de RER et enfin le tramway. Cela me prend une heure trente, si tout se passe bien. J’ai suivi la grève du jeudi 5 décembre pour soutenir le mouvement et dans l’espoir que la mobilisation fasse changer d’avis le gouvernement. J’ai également suivi le mouvement mardi 17 décembre.

Le mardi, j’ai cours de 8 heures à 12 heures. Je dois donc me lever à 5 h 30. Une fois les cours terminés, il n’y a plus de RER car on passe en heures creuses. J’ai dû prendre un Uber pour rentrer chez moi. Ça m’a coûté 30 euros, sachant qu’une journée de salaire représente environ 80 euros. Alors je me suis dit que si je peux compter pour une gréviste de plus et si ça peut changer quelque chose, autant faire grève ! Je ne l’aurais peut-être pas faite si les transports fonctionnaient bien.

« Descendre dans la rue, c’est un emblème de la France »

Dans mon collège, les enseignants sont très impliqués. On a un groupe WhatsApp où on reçoit les déclarations du ministre, les informations des syndicats. On a des réunions pendant le déjeuner pour nous mobiliser pendant la grève. J’ai toujours trouvé ça bien que les gens se mobilisent et descendent dans la rue. C’est un emblème de la France, les Français s’expriment lorsqu’ils sont mécontents. Maintenant que j’y suis confrontée, je suis encore plus admirative de ceux qui reconduisent la grève, quitte à y perdre 15 jours de salaire ! Leurs convictions sont plus fortes que l’argent.

Ma mission de remplaçante se termine vendredi 20 décembre. J’ignore où je serai affectée en janvier. Mardi 17 décembre, j’avais prévu avec ma classe principale un goûter de Noël, qui a été annulé. Les enfants étaient très déçus alors il a été reporté au lendemain. Je me lèverai à 5 h 30 pour aller leur dire au revoir, avec ou sans transports en commun.

Propos recueillis par Rachida Zafaty

 

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