Peter Gurruchaga, pompier CGT du Val d’Oise: « solidaires de toutes les corporations »

Lors du 13ème jour de la grève contre la réforme Delevoye, des pompiers évacuent un de leurs collègues blessé par une grenade de désencerclement lançée par les forces de l'ordre dans les rues de Paris, le 17 décembre 2019. © Philémon Barbier

Une centaine de pompiers du Val d’Oise étaient présents ce mardi 17 décembre, pour manifester contre la réforme des retraites et la casse du système. Face à une nette entrave à la liberté de manifester, Peter Gurruchaga, 38 ans, pompier depuis 1999 et représentant syndical de la CGT Val d’Oise, revient sur la charge des forces de l’ordre, place de la Nation.

Est-Actu: Que s’est-il passé mardi soir, place de la Nation, entre les pompiers du Val d’Oise et les CRS ?

Peter Gurruchaga: Nous sommes arrivés vers 18h30 à Nation, au milieu d’une foule très dense. On a fait une halte pour attendre des collègues. C’est le moment où ça commençait à chauffer. Plusieurs d’entre nous ont levé les bras pour montrer qu’ils étaient soudés et pacifiques. Les manifestants tout autour se sont écartés pour nous laisser passer, très solidaires avec nous.

E-A: Les CRS vous ont-ils chargé ?

PG: Nous sommes arrivés entre deux feux, pile-poil au moment où les CRS commençaient à charger. La confusion régnait à ce moment-là au milieu des gaz lacrymogènes, des projectiles, et ça dégénérait. Des collègues ont reçu des objets non identifiés, même si les CRS ne nous ciblaient pas en particulier. Un des nôtres a eu le souffle coupé et a été rapidement pris en charge.

E-A: Est-ce la première fois que vous subissez des charges policières ?

PG: On a déjà subi les assauts de la police le 15 octobre dernier et ce n’était pas justifié. Je manifeste depuis vingt ans, et ces offensives vont crescendo depuis un an. Quand des manifestants arrivent à Nation, et reçoivent des grenades, du gaz lacrymogène, on peut se poser  des questions sur le maintien de l’ordre, et les objectifs du gouvernement. Il y a des personnes qui aujourd’hui manifestent aux côtés des pompiers parce qu’ils ont peur.

E-A: Selon vous, peut-on parler d’entrave à la liberté de manifester ?

PG: Quand un parcours est déclaré en préfecture, et que cette dernière décide de scinder le cortège en deux, comme le 5 décembre dernier, on peut parler d’entrave. Quand la préfecture donne l’ordre de disperser une manifestation déclarée en utilisant la violence, c’est une entrave. La France est un pays de libertés. Le droit de manifester, de faire grève est un droit constitutionnel depuis 1946. Quand cette liberté est entravée, ça met tout le monde en colère, alors je comprends la rancœur des Gilets jaunes.

E-A: Une vidéo du journaliste Taha Bouhafs tourne depuis, sur les réseaux sociaux. Pourquoi des pompiers se sont-ils agenouillés, mardi, place de la Nation ?

PG: Ils s’agenouillent pour montrer qu’ils ne sont pas là pour se confronter aux forces de l’ordre. Les pompiers sont là pour manifester, solidaires de toutes les corporations. Je tiens à préciser que les pompiers agenouillés ne sont pas des gars de chez nous. J’insiste sur le fait que je suis contre l’idée de s’agenouiller. Mais mon message reste le même : quand la liberté de manifester est bafouée, ça dégénère.

 

Isabelle Demoyen

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