Les premiers grévistes de l’histoire trahis par leur délégué

© Olaf Tausch

Il y a plus de trois mille ans, les artisans qui bâtissaient la nécropole de Ramsès III, en Haute-Egypte, se sont engagés dans la plus ancienne grève documentée de l’histoire. Ils ont organisé des sit-in afin de réclamer leur salaire, retenu par une administration corrompue. Retour sur le premier récit d’une lutte toujours d’actualité.

Deir el-Medineh, à Louxor en Haute-Égypte, 1169 avant Jésus-Christ. La colère gronde sur le chantier de la nécropole de Ramsès III. Les travailleurs sont payés en pain et les greniers sont vides. Depuis deux mois, 120 ouvriers et artisans ne perçoivent plus leur salaire. Ils décident alors de cesser le travail et s’organisent pour exiger leur dû. Les négociations échouent avec les prêtres qui gouvernent la cité funéraire. La lutte va durer plusieurs mois, pendant lesquels les grévistes occupent périodiquement les temples. Sacrés et hautement qualifiés, les ouvriers sont intouchables. Ils sont essentiels au repos éternel de pharaon, la garde ne peut les massacrer.

« Si nous en sommes arrivés à ce point, c’est à cause de la faim et de la soif”

Face aux grévistes, les prêtres multiplient les promesses confuses, sans pour autant payer les salaires. La tension monte. Les ouvriers veulent transmettre leurs revendications directement à Ramsès III. Ils désignent pour cela des scribes. Amennakht en fait partie. Il narre le conflit dans le “papyrus de la grève”, document conservé au musée égyptologique de Turin en Italie: « Si nous en sommes arrivés à ce point, c’est à cause de la faim et de la soif, il n’y a plus de vêtements, ni d’onguents, ni de poissons, ni de légumes, écrivez au pharaon, notre bon seigneur, à ce propos, et écrivez au vizir, notre supérieur, pour que les provisions nous soient données!”.

Le “Ta”, ou “délégué de l’équipe dans la place de la Vérité”, était à l’origine missionné par les grévistes pour porter leurs demandes au pharaon. Ce dernier le nomme vizir de la Haute et Basse-Égypte. Les grèves cessent alors, bien que le “Ta” ne se soit plus préoccupé de la situation des ouvriers une fois au pouvoir. Il semble s’être parfaitement acclimaté à la vie de la Cour, allant jusqu’à comploter contre Ramsès III. Suite à cela, les pillages dans les tombeaux royaux et privés auraient commencé.

Thadée Mougin

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