Emmanuel de Rengervé, juriste: “Dans la réalité, l’égalité n’existe pas”

Selon le syndicat national des auteurs et des compositeurs, la réforme ne prend pas en compte les spécificités de ces métiers (durée de carrière, revenus irréguliers et variables). © Camille Nivollet

Délégué général du syndicat national des auteurs et des compositeurs, Emmanuel de Rengervé détaille les spécificités de ce régime marginal, qui n’échappe pas à la réforme des retraites.

Est-Actu: Comment fait-on grève lorsqu’on est auteur ?

Emmanuel de Rengervé: On ne peut pas faire grève, ça n’aurait pas de sens, on n’est pas salariés. On n’a pas besoin de signaler nos absences. On travaille pour des commandes, sans contrat de travail, ni lien de subordination. Mais on peut manifester notre solidarité.

E-A: Pouvez-vous nous expliquer la spécificité du métier et du régime de retraite actuel des auteurs ?

ER: L’œuvre créée par un auteur est sa propriété tant qu’il ne l’a pas cédée à un éditeur ou à un producteur, un “cessionnaire de droits”. Il est rémunéré en fonction d’un pourcentage, au fur et à mesure des années, et garde les droits sur des recettes proportionnelles. On ne peut en connaître le montant, ni savoir quand on va le toucher. C’est différent d’un salaire ou d’un paiement à l’acte pour les professions libérales. Nous avons un régime spécifique.

E-A: Quels sont vos motifs d’inquiétude sur la réforme présentée par le gouvernement ?

ER: Intellectuellement, on pourrait tous être pour un régime universel, les mêmes droits pour tous. Dans la réalité, l’égalité n’existe pas. Pour un auteur, ce n’est pas le travail qui paye mais l’exploitation de l’œuvre. Et il y a des variations, des irrégularités de revenus. L’indexation sur l’inflation ou la hausse des salaires n’a pas de sens. Le prix des livres n’a pas augmenté, il a même baissé quand on parle du numérique. Les disques se vendent moins. En numérique, les morceaux s’achètent à l’unité. Et la multiplication des chaînes de télévision n’augmente pas le chiffre d’affaires.

E-A: Avez-vous obtenu des clarifications de la part du gouvernement ?

ER: Ils nous ont présenté le cas d’espèce d’un auteur qui commence à 25 ans avec un revenu de 40 000 € par an ce qui ne représente que 10 % des cas. En dehors des exceptions, on commence vers 35 ou 40 ans, on a une carrière de 20 ans, et ça ne marche pas du premier coup. Et il faut parfois trois ans pour écrire un livre.

E-A: Demandez-vous le retrait de la réforme ?

ER: Par solidarité, oui. Il faut revoir tous les cas de figure. 90 % des 260 000 auteurs gagnent 9 000 € par an. Seuls 15 000 sont des retraités. Les 40 % de hausse de cotisations affecteront les plus pauvres. Ce n’est pas une bonne réforme. Jusqu’à présent, on tenait compte des irrégularités de revenus. Et les solidarités professionnelles ne pourront plus s’exercer.

Propos recueillis par Nabil Khaled.

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