SOS Médecins: surcharge supplémentaire pendant les cessations de travail

Paris, 17 décembre 2019. Une voiture de SOS Médecins, dans un parking souterrain. © Audrey Delaporte

Le Dr Lobna Hadj-Henni, généraliste chez SOS Médecins, raconte son quotidien largement affecté depuis la mobilisation contre la réforme des retraites.

Est-Actu: Les grèves ont-elles modifié les délais d’intervention ?

Lobna Hadj-Henni: Complètement. D’habitude nous indiquons des moyens d’interventions sous 2 heures après l’appel, en fonction de la gravité de la pathologie. En ce moment, nous pouvons doubler ce temps.

E-A: Indiquez-vous le délai aux patients ?

LHH: Non parce qu’à partir du moment où nous leur donnons un délai, les gens peuvent rappeler plusieurs fois, jusqu’à parfois nous harceler. Nous préférons leur dire que la circulation due aux grèves et aux manifestations nous empêche d’annoncer des délais.

E-A: Le nombre d’interventions est-il modifié ?

LHH: En temps normal, je fais de deux à trois interventions par heure, comme nous avons nos propres zones. Mais ces jours-ci, il peut m’arriver d’en faire une seule par heure tellement il y a d’embouteillages, et nos secteurs ont été réduits.

E-A: Le temps passé en voiture a t-il augmenté ?

LHH: Il a doublé ! Je dois utiliser le gyrophare tout le temps, alors que ce n’est pas le cas en temps normal. Dès que je le mets en mode lumineux, il passe très vite en mode sonore. Mais même les voies de bus qui nous sont autorisées sont saturées en ce moment, on s’épuise en voiture !

E-A: Parleriez-vous de pénibilité au travail depuis le 5 Décembre ?

LHH: Complètement. Pénibilité sur nos retards d’interventions et sur le temps passé en voiture. Le nombre toujours plus croissant de vélos et de trottinettes nous oblige à être encore plus alerte en voiture. On doit être attentif aux consignes de notre “dispatcher” tout en réfléchissant au type d’intervention qui nous attend. Nous sommes bien plus fatigués jour et nuit, depuis. D’habitude, la nuit ça roule bien mais là, les voies restent encore bouchées jusqu’à 22 ou 23 heures.

E-A: Quels types de pathologies augmentent en ce moment ?

LHH: Hier, j’ai eu plusieurs accidents liés aux métros saturés: orteil écrasé dans le métro, douleurs lombaires, un coup au ventre, des attouchements plus fréquents. Les burn-out ou dépressions liés à l’épuisement reviennent plus souvent. Sur mon activité personnelle, on me demande beaucoup d’arrêts de travail.

E-A: Êtes-vous solidaire des urgentistes ?

LHH: Bien sûr ! Mais les urgentistes sont sur leur lieu de travail, et ne bloquent pas les rues. Le personnel hospitalier non plus ne nous empêche pas de travailler.

                                                                                                    Celyne Mazières et Lise Lafaurie

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