Johann Cavarello, fonctionnaire de police: “La retraite à 64 ans, c’est injuste dans notre métier”

Johann Cavallero, délégué national du syndicat Alliance (CRS), à Paris, mardi 17 décembre. © Patricia Moribe

Des centaines de CRS se sont mobilisés en France le 12 décembre dernier contre le projet de réforme des retraites. A la suite de cette manifestation, ils ont obtenu le maintien de leur statut dit spécial. Entre répression et empathie face au mouvement de grève qui secoue le pays, Johann Cavallero, délégué du syndicat Alliance, revient sur les faits.

Est-Actu: En pleine crise sociale liée à la réforme des retraites, comment expliquez-vous les concessions accordées aux CRS par le gouvernement ?

Johann Cavarello: On comprend que chacun puisse défendre son système de retraite. Mais bien que nous appartenons au régime général, nous avons un statut spécial. Si en tant que policiers, on nous impose de partir à 64 ans alors que dans d’autres corporations, c’est 52 ans, c’est injuste. En effet, ils n’ont pas ce “risque létal” que nous subissons. Il faut savoir que la bonification, qui a été maintenue, n’est pas un cadeau. On paye pour l’avoir. Le projet voulait revoir aussi la distinction entre les collègues sur le terrain et ceux dans les bureaux. Cependant, ce n’est pas acceptable : un policier est “H24”. C’est ce qui justifie l’indemnité journalière d’absence temporaire de 40 euros par jour.

E-A: A quelles sortes de difficultés sont confrontés les CRS ?

JC: Un CRS passe en moyenne 200 jours hors de son domicile. Ce qui a forcément un impact sur sa vie de couple. Par exemple, beaucoup de collègues divorcés ne peuvent pas assurer la garde alternée de leurs enfants parce qu’ils partent sur le terrain. De plus, le CRS se doit d’être exemplaire. S’il fait une erreur, il peut passer en conseil de discipline en tant que personne civile.

EA: Vous êtes contre certaines mesures mais en même temps vous n’avez pas le droit de manifester, ni de faire la grève. Comment vivez-vous ce paradoxe ?

JC: Concernant les gilets jaunes, au début, on était aussi concernés. Mais le souci est d’écarter les gens qui cassent tout en laissant les autres passer pour manifester. Au départ, on n’a que des moyens lacrymogènes. Ça incommode tout le monde. Les GLI-F4 [grenades assourdissantes, ndlr] sont dangereuses, mais tout comme les cocktails Molotov que l’on reçoit.

EA: Les CRS sont souvent stigmatisés. Quelles seraient les solutions pour pacifier les relations ?

JC: Il y a une haine anti-flics qui s’est développée sur les réseaux sociaux. Par exemple, un mouvement anti-police s’exprimant via le slogan ACAB [All cops are bastards, ndlr], menace de s’en prendre aux enfants de collègues absents de leur domicile. C’est vrai qu’il y a toujours eu un sentiment de répression qui colle à l’image des CRS. Mais pour nous, il n’y a pas de répression. Si ça dérape, c’est parce que des gens manifestent sans faire de déclaration. Aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes qui remettent en cause l’État: ils agressent les pompiers, les banques, les hôpitaux. Pour ceux qui veulent en découdre, il n’y a pas de solutions.

EA: Il y a eu pourtant des images de violence policière, avec des yeux crevés et des mains arrachées…

JC: Oui ça existe mais les CRS utilisent très peu de LBD. Si les gens ne ramassaient pas les grenades, il n’y aurait pas de mains arrachées. Le monopole de la force, c’est la police. C’est l’État qui le détient. On doit gérer le ras-le-bol général. Ce qu’il faudrait, c’est une meilleure communication de la part du gouvernement.

Propos recueillis par Virginie Haffner

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