Réforme des retraites: à Paris, les opposants déterminés à l’approche des fêtes

© Patricia Moribe
© Patricia Moribe

La manifestation de mardi 17 décembre a rassemblé toutes les couleurs du syndicalisme. Cette convergence semble annoncer une poursuite du mouvement pendant les fêtes de fin d’année.

“Contre la casse des services publics”, “Même retraite que Delevoye pour tous”… La place de la République est noire de pancartes et de monde, ce mardi 17 décembre, pour la troisième journée de mobilisation nationale contre la réforme des retraites. Majoritairement composée de fonctionnaires et d’organisations syndicales, la foule s’est rassemblée à 13 h 30 pour entamer une marche de protestation jusqu’à la place de la Nation.

Les ballons rouges de la CGT se détachent sur le ciel bleu, tandis que des gilets jaunes et oranges investissent la statue, symbole de la République. Une convergence des luttes s’annonce, l’odeur des merguez apporte une touche de convivialité dans une ambiance tendue, après 12 jours de grève générale.

“On se bat pour tout le monde”

Cette convergence avec ses camarades gilets jaunes, Jean-Claude, animateur social de 63 ans, l’avait espérée depuis un an . “À l’époque, on nous traitait de tous les noms, et aujourd’hui, il y a quelque chose qui se passe en ce sens”. Un peu plus loin, des pancartes Sud RATP s’agitent sous les platanes. Christophe, 43 ans, chef d’équipe de contrôleurs à la RATP, demande le retrait total de la réforme: “Quand je suis rentré à la RATP, à 18 ans, j’ai signé un contrat qui me permettait de partir à la retraite à 50 ans. Avec la réforme, on me rajoute 14 ans. Mon métier est usant, je ne me vois pas l’exercer jusqu’à 64 ans. Mais aujourd’hui, on est tous impactés, on se bat pour tout le monde”.

Yann, 40 ans, cheminot, abonde en ce sens: “On est là pour un projet de société, pour défendre les droits de tous les gens qui travaillent. Et quand j’entends que le gouvernement se gargarise après qu’il a annoncé une réforme “exceptionnelle” parce que les agriculteurs vont toucher 1 000 euros par mois, ça me rend fou.”

“Vous ne partirez pas en vacances à Noël”

Les blouses blanches se distinguent au loin, au milieu des gilets colorés, avec des slogans crus et vindicatifs: “Buzyn, on te prévient, on lâchera rien”, “réforme des retraites: le toucher rectal à 50 ans n’était qu’un avant-goût”. Céline, 36 ans, aide-soignante, pointe du doigt le gouvernement et ses méthodes jugées trompeuses: “Ils sont malins, ils nous balancent l’âge pivot, pour ensuite revenir dessus et mieux faire passer la pilule sur le système à points, on n’est pas dupes”. Pas dupe en effet, Maryse, 47 ans, infirmière évoque “les mesurettes” concédées par le gouvernement aux aide-soignants et infirmiers, leur permettant de partir deux ans plus tôt à la retraite: “les salaires sont tellement bas que les gens sont obligés de travailler plus longtemps”.

Florian, 35 ans, ouvrier syndiqué à la CGT, est opérateur en trois-huit chez Total. Pour lui, la réforme est une fumisterie “parce que les caisses de retraite disposent d’environ 160 milliards d’euros, de quoi tenir pendant 30 ans.” Il prévient que bientôt, “il n’y aura plus de carburant dans les stations-service en Île-de-France, les vannes sont fermées en Normandie, en Loire-Atlantique, en Seine-et-Marne, dans le Rhône… Vous ne partirez pas en vacances à Noël, on ne lâchera rien !”

La manifestation a rassemblé plus de 350 000 manifestants selon la CGT. Le ministère de l’Intérieur annonce des chiffres à la baisse: 76 000 manifestants à Paris. En dépit des divergences quant au nombre, le rejet de la réforme des retraites a été fédérateur.

Virginie Haffner

 

 

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