Les travailleurs du web en grève inventent leurs modes d’action

Image d'illustration de travailleur du web. © Philémon Barbier
Image d'illustration de travailleur du web. © Philémon Barbier

Effacés derrière la technologie qu’ils programment, les développeurs et les community manager le restent lorsqu’ils se mettent en grève. À l’occasion de la mobilisation contre la réforme des retraites, ils cherchent des moyens de se rendre visibles.

“On a hésité à manifester avec la rédaction, mais finalement on se sentait plus proche des travailleurs de la tech !”. Pour cette manifestation du 17 décembre, les deux community managers (CM) de Mediapart défilent avec leurs confrères travailleurs du numériques, réunis par l’appel “onestla.tech/”. Cécile Dony et Gaëtan le Feuvre, grévistes les 5 et 11 décembre dernier, ont découvert que les spécificités de leur travail rendaient leur mobilisation invisible.

En effet, l’automatisation des tâches – ici les posts sur les réseaux sociaux – assure un service minimum… que le CM fasse grève ou non. “On était très frustrés, explique Cécile Dony, et on s’est demandé comment faire pour que notre grève ait un impact”. Censés soulager les travailleurs, les algorithmes travaillent parfois contre ceux qui les mettent au point. C’est aussi l’argument du texte publié le 7 décembre par “onestla.tech/” : “Ces machines et programmes (…) sont (…) la cause de la destruction de la valeur de nombreuses compétences sur le marché du travail”, déplorent les auteurs.

Avec leur appel, les développeurs web mettent le cap vers “une automatisation qui peut et doit servir l’humanité”. Mais comment faire entendre leur voix sur un web qu’ils programment chaque jour ? Pour se rendre visible, les CM de Mediapart ont choisi d’utiliser leurs outils en automatisant un message (“CM en Grève”) sur chacun des posts diffusés sur les réseaux sociaux du pureplayer.

Les signataires de “onestla.tech/” proposent, eux, de mettre leurs sites en grève grâce à un code informatique permettant de le désactiver pour une journée” en le remplaçant par “un écran noir et un message en gros caractères blancs”. De son côté, Openeditions, la plateforme de référence pour la recherche en sciences humaines, voit également sa page remplacée par un message de soutien à la grève en sept langues.

Pour Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l’information, ces modes d’action ne suffisent pas. “Il manque, à mon sens, un point à cet appel : celui du bricolage, du braconnage, du hacking, du bidouillage, du sabotage.” A Mediapart, le sabotage n’est pas encore à l’ordre du jour. “On est soutenus par notre entreprise, rappelle Cécile Dony. Ça ne serait pas pertinent”.

Sindbad Hammache

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