Un « soubbotnik anti-pogrom » après l’attaque d’un camp de Roms à Kiev

Apparus en Russie dès 1919, les « soubbotniki » -de « soubbota » en russe qui signifie « samedi » – sont ensuite devenus une pratique institutionnalisée de journées de travail volontaire, souvent fixées au printemps ou autour de dates anniversaires importantes.

-Загрози та заворушення вимагають прозорого та ефективного розслідування цих злочинів та негайних дій для протидії мотивованому ксенофобному насильству. Отже, Лена, що ти думаєш про наш « антипогромний субботник »? Ти прийдеш із нами завтра?, me demande en ukrainien mon collègue Andrii du Center for Civil Liberties

-(en russe) Ah, euh, excuse-moi, je ne comprends pas encore très bien l’ukrainien… Vous faites une action anti-pogrom demain, c’est ça ?

-(en russe) Oh désolé, je n’avais pas compris que tu ne parlais pas ukrainien. Oui, c’est ça, on organise un « soubbotnik anti-pogrom » devant la direction générale de la police nationale à Kiev. Tu viens ?

-Oui bien sûr !

 

Rappel des faits. Dans la soirée du 20 avril, des membres de l’organisation d’extrême droite C14 ont incendié et violemment démantelé un camp de Roms situé sur la colline de Lysa Hora dans la capitale ukrainienne. La réaction de la police s’est fait attendre. Cherchant à minimiser dans un premier temps les faits, Andrii Krychtchenko -chef de la police de Kiev- a ainsi expliqué que seules des ordures avaient été brûlées pendant ce « soubbotnik » et qu’aucune plainte pour violence n’avait été déposée.  Ce n’est qu’à partir du 25 avril, lorsqu’une vidéo de l’attaque est devenue virale, montrant des jeunes hommes -la plupart masqués- pourchassant à coups de jets de gaz lacrymogène des familles Roms, qu’une enquête a finalement été ouverte.

Pour dénoncer cette réaction tardive de la police et l’impunité dont bénéficient trop souvent ces crimes, le « Center for Civil Liberties » – organisation auprès de laquelle je suis basée à Kiev- a décidé d’organiser une action conjointe avec le « No Borders Project » et le « National minority rights monitoring group ». Ce sera un « soubbotnik anti-pogrom » -en référence à la terminologie utilisée par le chef de la police de Kiev- avec pour mot d’ordre : « apportez votre balai [symbole des corvées associées au « soubbotnik »] et votre bonne volonté !». Plusieurs dizaines d’activistes et de médias ont répondu présent et les représentants des trois organisations se sont succédés tour à tour pour tirer la sonnette d’alarme. Quelques heures plus tard, dans la soirée, la police nationale a annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’assurer la protection des droits des Roms…

 

 

Léna a 23 ans et est originaire de La Réunion. Elle vient de finir un master en droits de l’Homme et action humanitaire à Paris et est en mission à Kiev au Center for Civil Liberties avec l’Assemblée européenne des citoyens.

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