Meglio porco che fascista, soprattuto oggi

Quand j’arrive devant ce local fermé, à l’angle de la piazza Casa Professa, à deux pas du marché historique de Ballarò, ils attendent, les yeux tristes, sur un visage empli d’espoir.

L’espoir, ils le trouvent ici, au Porco Rosso. Quelques tables, quelques coussins sur des palettes de bois, et une multitude de petites attentions. Des dessins, des affiches, des livres dans toutes les langues, des graffitis, des guirlandes de Noël et Santa-Rosalia, la sainte de Palerme, drapée dans un costume de Wonder Woman.

Ils attendent, parfois chaque jour, sur le petit banc en bois dehors. Parfois dès midi, alors que les portes ne s’ouvrent qu’à 15h. Ce lieu est refuge. Ce lieu est évasion. Ce lieu est légèreté. Ce lieu, les habitués le comprennent bien. Ils se connaissent entre eux, ils arrivent en groupe, ils arrivent avec leurs histoires. Ils participent, tiennent le petit bar du Porco Rosso, rangent et nettoient, mettent de la musique, préparent le thé à la menthe… Ils apportent un peu d’eux et découvrent un peu de nous.

Nous, les volontaires, nous les italiens, les français, les américains, les anglais, les allemands… Nous, légaux, européens, privilégiés, et eux, illégaux, étrangers, criminalisés. Réunis au Porco Rosso. C’est dans ce lieu qu’on essaie de rétablir l’égalité, d’inventer un monde sans distinction entre eux et nous, un monde sans frontières. Dans ce lieu, on rêve, on discute, on chante, on découvre, on partage. On imagine un autre monde.

Un monde où, ce n’est pas une invasion mais un apport. Ce ne sont pas des voleurs, mais des artistes. Ce ne sont pas des migrants, mais des humains. Un monde où leur courage est célébré. Le courage de quitter ses repères, au risque de mourir dans une eau salée, ou d’être réduit en esclavage par des tortionnaires payés par l’Union européenne.

On rêve… et quand les portes du local se ferment et que la nuit tombe, la frustration nous envahit. Alors on traîne encore un peu ici, au Porco Rosso, en attendant que les portes s’ouvrent de nouveau.

#apriteiporti

Doutes et curiosité m’ont poussée vers des études de sciences politiques, dans la volonté de connaître le monde qui m’entoure. Née dans une petite ville de l’ouest de la France, j’ai toujours eu envie de découvrir, de prendre de la hauteur, de voyager. Direction l’Italie, pour la cuisine certes, mais aussi contre les injustices, pour le respect, et pour un monde meilleur. Idéaliste donc, mais aussi mangeuse de beurre demi-sel, dévoreuse de séries (non, c’est pas faux), et mariée aux questions existentielles.

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