La mutualisation face à l’exploitation

FuoriMercato est un réseau national rassemblant différentes associations et coopératives, qui offrent une alternative à la Grande distribution organisée [GDO]. Force de proposition, FuoriMercato promeut des chaînes d’approvisionnement de produits agricoles justes, durables et responsables. L’organisation prend le contre-pied de la GDO  en mettant l’accent, non pas sur le quantitatif et la recherche du « bas-prix » [et c’est un euphémisme] des denrées agricoles, mais sur des produits de qualité. Une qualité tant gustative qu’éthique. Une démarche engagée avec des exigences ambitieuses ! Les produits distribués au sein du réseau ont des garanties économiques, sociales et environnementales.

C’est une mobilisation collective, au fonctionnement démocratique, qui assure une production biologique, malgré l’absence de label, un prix juste pour les producteurs et productrices et un respect des conventions internationales des droits de l’Homme et du Travail. Au centre de ce travail, la solidarité ! Mutualiser les alternatives. Pour comprendre comment fonctionne le grand, je suis allé vers le petit. Ainsi, en Sicile, près de Palerme, j’ai rencontré Contadinazione. Contadinazione est un association faisant partie de FuoriMercato et qui a créé sa coopérative, TerraMatta.

 

Lorsque je suis arrivée en Sicile, je ne savais pas ce que j’allais y trouver. J’avais lu des articles, écouté des émissions, feuilleté des livres sur le travail saisonnier migrant en agriculture, .. J’étais pourtant loin d’une réelle prise de conscience. N’étant pas dans la haute saison des récoltes, je n’ai pu qu’apercevoir l’étendu du problème. Il est difficile de mettre un mot sur ce qui se passe, ce qui est. On pourrait parler d’opportunité. Une opportunité d’asseoir le rayonnement européen, d’être communauté symbole où régnerai le droit, le bien-être intellectuel, une économie vertueuse, … Malheureusement, le manque d’ambition des choix politiques traduisent un vision à très court terme [il se dit en effet que la myopie est la maladie du siècle] et des balbutiements là où seraient attendues des prises de décisions courageuses. Mais les meilleurs arguments sont tout à fait inutiles. Voir nuisibles ! Comment en effet tenir tel discours alors qu’il semble « évident » que les migrants détruisent l’économie du pays, pompent l’argent de l’Etat et représentent une menace pour les braves citoyens italiens, afin de profiter d’un niveau de vie plus élevé que dans leur pays d’origine.

C’est ainsi que à Campobello di Mazara, j’ai rencontré ceux qui agitent les esprits et attisent tant les passions. Ils vivent sous des bâches dans un terrain vague, ont construit des abris avec ce qu’ils trouvaient. Il n’y a ni douches ni toilettes. Mais on peut y trouver un coiffeur, un semblant d’échoppe-magasin, un café, .. Ici, au Ghetto, on s’organise tant bien que mal. En décembre-janvier, ils sont une cinquantaine, mais en été, ils sont des centaines. Il font principalement la récolte des olives. Un travail qui commence vers 5h du matin et qui dure la journée. Ils sont payés au cassone, à la tâche, une misère. Le matin, le Caporalo passe à l’entrée du Gettho, annonce le nombre d’hommes dont il a besoin, les entasse dans la voiture et les porte au champs pour travailler. Le Caporalo est ici un donneur de travail comme un autre, il fait le lien entre le propriétaire du champs, ou le responsable de l’exploitation agricole, et les Braccianti, la main d’oeuvre journalière. Si auparavant les campagnes siciliennes regorgeaient d’ouvriers agricoles journaliers et saisonniers italiens, les conditions de travail font que aujourd’hui seuls les migrants les « acceptent ». Du moins le travail en agriculture est le seul qu’ils puissent faire en étant en situation irrégulière et/ou de très forte précarité.

La Mairie de la commune refuse de considérer la question et de s’emparer du problème du logement de ces travailleurs. C’est vu de manière ponctuelle, traité dans l’urgence. On ne souhaite pas voir et accepter que la présence des ces travailleurs migrants est structurelle à l’économie de la région. Toutes ces bonnes olives que nous picorons à l’aperitivo, fierté et identité de ces terres. Mais pas question d’offrir des conditions ne serait-ce que décentes à ces hommes qui les récoltent. Pourtant l’année dernière la Mairie à reçu près de 90 000 euros de l’Etat pour « régler » la question. En effet, en face du Ghetto il y  a une ancienne usine, Fontane d’Oro, bien confisqué à la Mafia. Les travailleurs y allaient prendre de l’eau, se doucher ou simplement s’y abriter. la commune a investi cet argent pour entourer le bâtiment de barrières, tracer au sol des carrés de 2m sur 2 et payer pour la présence d’un véhicule de la Croix-Rouge. Pour y entrer et occuper l’espace réglementaire, sur du béton, de 2m² il fallait avoir : un permis de séjour, un contrat de travail et payer 2 euros par jour. Autant dire que personne ne s’y est jamais installé ! Mais ils continuent de faire des allers-retours pour prendre de l’eau.

En hiver, pour la cinquantaine d’hommes restant, le combat est de demander la Résidence Virtuelle. C’est gratuit. La mairie leur donne une adresse, virtuelle, qui leur donne accès à des droits, facilite la demande de régulation, l’accès au soins, .. Mais cela signifie que la commune s’engage vers « l’amélioration » de la situation. Alors ce sont de nombreuses discussions, de multiples rencontres avec le maire, le responsable des affaires sociales, la délégation du ghetto et Contadinazione. En novembre déjà la mairie s’engage et promet de faire le nécessaire. Pourtant rien n’avance. Et elle fait du chantage : pour avoir cette résidence virtuelle il faut nettoyer le campement, écrire les noms de ceux qui participent. C’est pourtant à la commune de se charger de nettoyer et de mettre des poubelles, qui sont inexistantes dans les parages.
Nous avons participé un dimanche matin de décembre au nettoyage du campement. C’est beaucoup de travail et c’est surtout un travail qui devrait être payé !
Aujourd’hui,malgré les promesses du maire, ils n’ont toujours pas eu l’accès à la résidence virtuelle.

Contadinazione, l’association est née de la rencontre d’italiens et de migrants travailleurs saisonniers sur ce Ghetto de Campobello di Mazara.

 

Suite dans un prochain article.

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