Brève #1 : Une révolution pour rien ?

Notre révolution

« Pas un seul jour, je n’ai été heureux dans mon pays. Mach’allah, c’est grave   ? »

« Ils ne nous représentent pas, ils ne représentent que leurs intérêts. »

« Quelle révolution ? Rien n’a changé.
– Ce n’est pas mieux qu’avant ? Les élections, la liberté d’expression ?
– Non. Nous n’avons pas de liberté. »

« On ne peut rien faire ici. »

Je ne pardonnerai pas

 

« Comment refaire la révolution ? »

« Il faudrait tous leur couper la tête »

« Manich Msemah, je ne pardonnerai pas »

« On a réussi à faire en sorte que les 2/3 de la loi soient enlevés »

 

7 ans après la révolution, l’évocation de ces événements se fait difficilement. Dire que la révolution a été une avancée positive est même rarement entendu. Il règne une désillusion très forte, l’impression d’avoir été trompé, voire un regret de l’ancien régime. La corruption reste généralisée, les évolutions démocratiques sont longues, profondément dysfonctionnelles : l’instance Vérité et Dignité, chargée de la justice transitionnelle, est totalement opaque et ne mène pas efficacement son travail (voir par exemple l’article de Nawaat sur la ville de Siliana) ; les partis au pouvoir viennent de demander un quatrième report des élections municipales, censée être la dernière étape de la transition, et l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections perd de sa crédibilité (voir ici). Et surtout le chômage, les perspectives économiques et les inégalités sont persistantes.

Cependant, malgré la désillusion, les discours sont engagés, passionnés, radicaux, les gens descendent dans la rue, font part de leurs revendications. La campagne Manich Msemah a été un exemple de cet engagement, avec l’implication de jeunes n’ayant pas fait la révolution. Luttant contre une loi d’amnistie des politiques, fonctionnaires et hommes d’affaires de l’ancien régime, cette campagne longue de deux ans a réussi à mobiliser assez largement et en dehors des cadres traditionnels des syndicats ou des partis. Elle n’a pas réussi à faire retirer la loi, mais celle-ci a été sérieusement réduite. La campagne a montré l’importance de la mobilisation comme garante de la transition démocratique face à la dépolitisation politique néolibérale au pouvoir, comme le montre cet excellent article (en anglais).

Au-delà de la contre révolution, les mobilisations sociales, contre de telles lois, contre les inégalités, contre le chômage endémique, mais aussi contre les problèmes environnementaux dus à l’industrie montrent que si les cœurs sont blessés, ils ne sont pas résignés.

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