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Angleterre / Droits des étrangers /

Délit de solidarité : Nous nous devons de résister.
26 février 2009 par Lily

Arrestation de Monique Pouille Réaction de Lily Boillet, Présidente de Terre d’errance 25 février 2009

Monique, Jérémy et les migrants interpellés aujourd’hui sont les victimes d’un fantasme, celui d’une politique qui ne connaît et ne comprend pas les migrants, et se contente d’imaginer des bandes organisées qui séviraient dans la région pour manipuler de pauvres migrants et migrantes victimes malgré eux d’une traite humaine.

On voudrait faire croire à la population que les migrants sont stupides, ou incapables, ou effrayés, comme des enfants, qu’ils n’auraient pas choisi de venir et de tenter le passage pour l’Angleterre. Ils seraient transportés et abusés par des passeurs cruels et cupides qui les poussent vers un eldorado inexistant alors qu’ils pourraient rester ici.

Cette version officielle, pour ceux qui sont au plus près des migrants et migrantes, est aussi éloignée de la réalité que la dernière phrase de M. Séguéla est éloignée de la vie des Français (« si 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie »).

Le pouvoir gouverne par la peur et avec des idées fausses une population qu’il ne comprend plus. À quel point s’est-il coupé d’elle pour en arriver à de tels écarts ?

Les migrants et migrantes sont contraints de s’organiser par eux-mêmes pour survivre et atteindre un pays qu’ils espèrent plus indulgent pour leur dossier d’asile. Leur vie en Italie est violente et misérable. La France joue avec eux comme avec des balles, boucle tout le système pour éviter qu’ils puissent demander l’asile ici. Ensuite, on leur reproche de se déplacer de façon illégale !

L’Europe quant à elle se targue de vouloir protéger le droit d’asile mais elle fait tout pour que les réfugiés ne puissent pas entrer chez elle, y déposer leur demande et y vivre dignement.

Alors quels autres choix ont-ils que de traverser clandestinement les frontières ?

Quant à ceux qui sont prisonniers des impasses administratives, à qui on a refusé la possibilité de se stabiliser dignement, quels autres choix ont-ils que d’aider à entrer en Angleterre ceux qui y ont encore une chance ?

Quels autres choix ont les bénévoles que de se tenir au plus près de tous les migrants pour s’assurer de leur bien être, non seulement physique mais surtout psychologique, pour comprendre leur histoire et leur situation, leur rendre leur liberté de parole et de choix dans ces zones de non-droit que sont les « jungles ».

Des jungles qui prospèrent depuis des années précisément du fait de mauvaises lois et de mauvaises gestions, et non pas parce que quelques citoyens offrent à tel homme ou à telle femme une couverture ou une douche.

La police débarque chez des citoyens qui triment tous les jours pour sauvegarder le sens des mots Droits de l’Homme, Respect, Liberté, Égalité, Fraternité.

Comment en est-on arrivé là ?

Monique, tous les jours, apporte un peu de réconfort aux migrants et migrantes qui pour la première fois, depuis parfois plusieurs années d’errance en Europe, rencontrent une oreille attentive, une épaule réconfortante, des mots d’encouragement, d’amitié et d’espoir.

Tout cela n’a pas de prix. Aucun prix.

Depuis quelques mois, je rencontre ces mêmes hommes et femmes, les migrants, ici en Angleterre. Je me rends bien compte que les gestes de Monique et de tous ceux qui agissent avec elle, n’ont aucun prix.

Jamais ils ne tarissent d’éloges sur les bénévoles français qu’ils ont rencontrés, jamais ils n’oublient la question « et Mama Monica ? Comment va-t-elle ? Dis-lui merci, encore et encore, ha elle me manque ! Sans elle, sans tous les bénévoles, on n’aurait pas tenu. On serait devenu des chiens comme ils disent ! »

L’espoir…

Nous ne faisons que leur donner un peu d’espoir et quelques signes de fraternité. L’espoir, ils espéraient qu’il ne serait plus le seul moteur de leur vie, quand ils seraient enfin en Europe, après avoir dû fuir tout ce qui faisait leur vie, après avoir survécu à la traversée du désert et de la mer, au racket et aux viols en Libye.

Mais ils ont découvert ici la barbarie administrative, les mensonges du droit d’asile, le droit au rabais des étrangers.

Abandonnés par l’Europe, ils souffrent à nouveau de conditions de vie indignes, sous le harcèlement policier, les APRF, les OQTF, les expulsions, les gardes à vue, l’humiliation.

Ils ont dû se faire à l’idée de vivre dans la jungle, entre la gale, la tuberculose et la violence policière.

À Norrent-Fontes, ils ont croisé Mama Monica et reçu les conseils de Jérémy, juste quelques mots qui disent : « tu existes, je te vois, je ne t’oublie pas, tu mérites mon amitié, tu mérites ce que je mérite moi ».

Ces mots-là sont vitaux, pour eux et pour nous tous. Et c’est pour cela qu’on place Monique en garde à vue et qu’on interroge Jérémy, que la police écoute leurs conversations, qu’elle perquisitionne les maisons.

Le même jour à Calais, Jean-Claude Lenoir devait être jugé pour outrage car il a soutenu (pacifiquement !) des migrants afghans raflés en pleine nuit dans la jungle calaisienne à grand renfort d’hélicoptère.

Un autre citoyen, qui vit à Boulogne, a été arrêté le même jour puis libéré, pour avoir lui aussi porté secours à des migrants.

Que cherche l’État ? Faire disparaître les migrants ? Convaincre tout le monde qu’ils n’existent pas ? Décourager ceux qui les aident ?

Ils ne font que pallier, autant que faire se peut, aux carences de l’État et défendre ses valeurs, puisqu’il les abandonne.

Peut-être dira-ton plus tard qu’ils ont sauvé son honneur.

Quand le légal insulte la justice, il est du devoir de chacun de lui résister.

Lily Boillet Présidente de Terre d’Errance




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