Bourgogne : Le long parcours du parc éolien de Châtel-Gérard et Sarry

Le parc éolien subit des vents contraires

Dans l’Yonne, entre Châtel-Gérard et Sarry, onze éoliennes ont fleuri dans les champs qui longent la départementale. Elles viennent d’être mises en service, après des années de contretemps et d’oppositions. Ultime péripétie, une nouvelle protagoniste, soutenue par des associations locales, vient de faire son apparition sur la scène de la transition écologique.

À Châtel-Gérard, commune agricole de 211 habitants dans l’Yonne, les éoliennes qui longent la départementale alimentent les conversations depuis bien longtemps. Le projet d’installation a débuté en 2004, lorsque la société Voltalia est venue le défendre au conseil municipal. La plupart des projets d’énergie renouvelable mettent entre sept et dix ans à sortir de terre. Le parc éolien de Sarry et Châtel-Gérard, quant à lui, aura mis dix-sept ans. De multiples embûches ont contrarié son avancée. La nouvelle maire de Châtel-Gérard, Béatrice Boise, peut être satisfaite : la fiscalité induite par la vente de l’énergie produite sera partagée pour moitié entre sa commune et la communauté de communes.

Les 11 éoliennes de Châtel-Gérard, commune de l’Yonne, vues depuis l’entrée du village ©Cécile Pirou

Une implantation, le parcours du combattant

Après une étude lancée en 2004 et un dossier déposé en préfecture, Voltalia reçoit l’autorisation d’implanter un parc d’éoliennes en octobre 2010. S’ensuit un premier recours contre le projet, déposé par l’association Les Amis du patrimoine tonnerrois. L’action en justice sera déboutée par la cour d’appel administrative de Lyon en février 2013. La société exploitante, ayant obtenu gain de cause, essuie un nouveau revers : un défaut de signature sur un élément important du dossier vient l’invalider. Voltalia dépose un dernier dossier, autorisé par arrêté préfectoral en avril 2014. L’association profite de la faille pour engager un second recours. Celui-ci est finalement abandonné suite à un accord financier conclu avec la société exploitante au bénéfice des Amis du patrimoine tonnerrois le 22 décembre 2016. 

Visuel de communication de Voltalia sur l’histoire du parc

Le projet peut commencer mais le raccordement prévu n’est plus disponible : il faut faire dix kilomètres de plus pour se raccorder à Tonnerre, ce qui engendre des coûts supplémentaires. En octobre 2018, le chantier est inauguré. Les supports en béton sont installés, prêts à accueillir ces moulins à vent modernes. Mais le fournisseur du matériel, la société Senvion, fait faillite. Une partie des pales est déjà livrée mais les mâts sont manquants et le resteront. On peut encore voir ces pales au pied des nouvelles. Le chantier est suspendu : nouveau fournisseur, nouveaux mâts, les bases ne sont plus adaptées, il faut les démolir et les reconstruire. Une autorisation pour modification est accordée en décembre 2019. Cependant le chantier est reporté lors du premier confinement en raison de la pandémie mondiale. Il suivra enfin son cours jusqu’à la récente mise en service du parc le 1er avril 2021.

Pales d'éoliennes sur les remorques des camions arrivés sur le chantier du parc en constrution
Les pales des éoliennes arrivent sur le chantier du parc en constrution en octobre 2020

Un projet porté par la mairie et l'exploitant

Cet ouvrage a toujours été soutenu par la mairie de Châtel-Gérard, qui n’avait qu’un avis consultatif. Mue par une volonté de participer à sa manière à la transition écologique, tout en pouvant enfin se permettre des travaux nécessaires à la commune, Béatrice Boise se félicite de cet aboutissement et assume le fait que tous les habitants ne partagent pas forcément son enthousiasme.

La société Voltalia, qui a toujours cru en la viabilité du projet, voit enfin le bout du tunnel. Les prévisions sont bonnes et les représentants de l’entreprise attendent avec impatience les premiers résultats. Si tout fonctionne comme prévu, ces éoliennes pourront produire l’équivalent de la consommation en électricité, hors chauffage, de 15 400 foyers par an.

Forts de la réussite de ce parc éolien, la maire du village, la cheffe de projet et le responsable développement de la société Voltalia travaillent maintenant sur un autre projet d’énergie renouvelable : des panneaux photovoltaïques. 60 hectares de champs situés à la sortie du village en direction d’Annoux seront bientôt à l’étude.

Annoux, la voisine rebelle

Si la commune de Châtel-Gérard soutient les projets d’énergie verte, il en est d’autres qui les refusent. C’est le cas d’Annoux, la commune voisine, et de son maire Bruno Charmet.

"Les éoliennes...c'est une catastrophe écologique, économique, environnementale, sociologique"
Bruno Charmet
Maire D'Annoux

Bruno Charmet est entré dans le combat contre l’éolien un peu par hasard, en aidant des proches. Puis, dès lors qu’une installation d’éoliennes d’une localité voisine menaçait le paysage, il a rallié les habitants de son village à cette cause. Estimant sa région saturée d’éoliennes, il crée en 2019 l’association Sauvegarde de la haute vallée du Serein. Selon lui, le problème n’est pas qu’esthétique. Non seulement ces installations tuent des oiseaux, dont des espèces protégées, mais elles ne sont pas la solution au nucléaire.

Elles émettent davantage de CO2 car leur production intermittente ne peut suffire à elle-même. L’énergie fossile qui leur est associée fait exploser les compteurs. Il consulte d’ailleurs quotidiennement un site qui calcule sur le continent Européen, les émissions de Co2 par pays et la répartition des énergies utilisées. Bruno Charmet étudie des rapports sur les problèmes engendrés par les installations, informe, tracte, fait du porte-à-porte, se réunit avec d’autres associations de la région pour mettre un terme à des projets toujours plus nombreux. Cette implication a permis le récent rejet par la préfecture d’un projet sur la commune de Santigny.

La cigogne joue les trouble-fête

En voie de disparition, la cigogne noire vient de faire son apparition dans la région. Elle fait partie des espèces protégées comme le faucon Milan Royal et d’autres espèces de rapaces diurnes présents en Bourgogne. Ces oiseaux sont particulièrement exposés aux pales des éoliennes qui déciment leur population, comme le signale un rapport de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de 2017.

Visuel de communication de Voltalia sur le système de bridage des éoliennes

Mais cela suffira-t-il ? Un arrêté rendu le 7 mai 2021 encadre dorénavant strictement l’exploitation des éoliennes en regard de la présence des cigognes dans un rayon de moins de 5 kilomètres. Il impose notamment un bridage complet (arrêt total des pales), si le bridage dynamique devenait inefficace.

Les associations, pour leur part, se réjouissent de l’arrivée de cette alliée inattendue.

Cécile Pirou

Levé de soleil sur une des éoliennes de Châtel-Gérard

Crédits photos ©Cécile Pirou

Musique

Interview Béatrice Boise : Auteur: Purrple Cat
Track: Flourish
Licence: https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
Source: Télécharger gratuitement Purrple Cat – Flourish

Interview de Bruno Charmet : Auteur: Nova Noma
Track: Gaia
Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr
Source: Télécharger gratuitement Nova Noma – Gaia