« Sous le Pli », l’exposition qui détricote l’histoire officielle des États-Unis

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Culture

Violences institutionnelles et sexuelles, racisme : des thèmes sombres que l’artiste américaine Suki Valentine explore avec subtilité dans l’exposition « Sous le pli », à l’espace Mémoire de l’Avenir au cœur de Belleville. La fondatrice du lieu, Margalit Berriet, garde les portes ouvertes malgré les restrictions sanitaires.

Sur un mur arrondi, une enfilade de petites cartes postales en cuivre attire le regard. On peut y lire différents témoignages sur l’esclavage des Noirs américains : absence de justice, problème d’accès à la nourriture et aux médicaments, etc. Au-dessous, une rangée de fleurs en papier de riz, dont les pétales renferment les noms de femmes afro-américaines assassinées par la police. Dans son exposition « Sous le pli », présentée à l’espace Mémoire de l’Avenir (Paris 20e), l’artiste américaine Suki Valentine, activiste féministe qui lutte pour le droit des Afro-américains, s’intéresse aux récits cachés qui ébranlent l’histoire officielle des États-Unis. Des créations qui entrent en résonance avec le mouvement Black Lives Matter de ces derniers mois, et qui font écho au projet 1619 initié par The New York Times : une série d’enquêtes récentes sur les conséquences de l’esclavage et la contribution des Noirs américains à la culture américaine.

Programmation maintenue

« L’Histoire n’existe pas, ce sont des histoires », souligne Margalit Berriet, fondatrice de l’espace Mémoire de l’Avenir, qui héberge l’exposition jusqu’au 30 janvier 2021. Longs cheveux bouclés et châle fleuri, elle sourit sous son masque : « Dès le mois de mars, au début du premier confinement, je me suis demandée comment garder nos fenêtres ouvertes. » C’est ainsi qu’a germé le projet « Open Windows », soutenu par l’Unesco, qui a pour objectif de continuer à partager des idées, des réflexions et des œuvres avec le public pendant la pandémie. Et les artistes ont tous accepté de maintenir leur programmation. « Depuis cette semaine, on a plus ou moins ouvert la porte », confie Mme Berriet. Quatre personnes au maximum sont autorisées à déambuler dans les salles.

Tissus, plaques de cuivre, etc. : Suki Valentine utilise différents supports pour dénoncer les violences faites aux Noirs américains et aux femmes.

Secrets enfouis

La majorité de l’espace d’exposition est occupée par des robes suspendues dans le vide. Suki Valentine a travaillé pendant plus d’un an sur ce projet, à la recherche de témoignages. Ces fragiles silhouettes chamarrées dissimulent des secrets enfouis sous les plis. En inspectant l’intérieur des vêtements, on y découvre des confidences brodées sur des tissus à carreaux, certaines enfantines : « Je ne me souviens pas de mon premier baiser. » D’autres, plus sombres, se rapportent à des abus sexuels ou à des questions existentielles. Dans le sillage des révélations #MeToo, les secrets privés entrelacent les récits officiels.

Lauriane Roger-Li (texte)

Julie Marquaire (texte)