Réparer son vélo, une affaire de femmes

À la Cyclofficine de Paris 20e, des bénévoles aident les cyclistes à retaper eux-mêmes leurs deux-roues. Chaque mois, des plages horaires sont réservées aux femmes qui veulent lever le nez du guidon sans croiser le regard condescendant d’un homme.

Les femmes veulent aussi mettre les mains dans le cambouis.

« Et maintenant que je l’ai enlevée, je fais quoi ? » Marion, une chaîne rouillée à la main, a franchi la porte de la Cyclofficine de Paris après quelques mésaventures avec son vélo. Ici, on se forme à la mécanique, on s’entraide, tout en bénéficiant des outils et des pièces détachées mis à disposition. Mais ce soir-là, les portes du 15 rue Pierre Bonnard (Paris, 20e) ne sont pas ouvertes à tous. Ce créneau est réservé aux femmes et aux transsexuelles. C’est le principe de Maniv’Elles, un atelier mensuel à « mixité choisie ».

En créant cet atelier il y a trois ans, Cyclofficine a voulu répondre à un besoin tacite de bon nombre de femmes : pouvoir réparer son vélo à moindre frais (adhésion annuelle à prix libre avec un minimum de 15 euros), en s’amusant et surtout sans être jugées par les hommes. L’atelier n’est encadré que par des femmes. Pour Blandine, l’une des bénévoles, ce choix a été fait à partir de deux constats : « On ne nous a jamais dit que la mécanique était pour nous. Et surtout, les hommes ont du mal à nous laisser faire. » Le témoignage qui lui revient plus souvent c’est : « On m’a pris les outils des mains. » L’objectif est donc de proposer un espace accueillant où les adhérentes pourront à leur tour mettre les mains dans le cambouis. Et sans complexe.

« Les réparateurs ne nous expliquent rien »

« Faire réparer son vélo une fois, deux fois, ok. Mais trois en quelques mois c’est trop. Et surtout on ne sait pas où est le problème. Les réparateurs, souvent des hommes, ne nous expliquent rien. » Élise, chargée de production dans le cinéma, est venue à cet atelier précisément parce qu’elle voulait comprendre et apprendre à faire. Et qu’importe qu’elle appelle un pignon « le truc au mur » ou « le disque cranté », personne ne relèvera.

Les ateliers Maniv’Elles ont lieu chaque mois, un rendez-vous accueillant pendant lequel les femmes s’entraident et apprennent à se débrouiller par elles-mêmes.

Un peu plus loin, Carine cherche les outils dont elle a besoin. Cette monteuse audiovisuelle de 37 ans semble connaître le local comme sa poche. Pourtant, c’est la première fois qu’elle vient ici. Dans cet atelier règne un joyeux bordel, oui, mais parfaitement organisé. Les pneus et autres chambres à air sont suspendus au plafond, et le moindre boulon est parfaitement rangé et identifiable dans les rayonnages.

« On s’aide entre nanas, c’est très sympa », s’amuse Carine.

Il est déjà l’heure de partir, couvre-feu oblige, mais toutes reviendront. Il leur reste bien des bricoles à régler. Mais plus question de confier leur deux-roues à un réparateur ou de s’en retourner dans un atelier mixte.

Quitterie Allard (texte)
Mathilde Beaugé (photos)