Profs et étudiants : tous unis pour sauver les métiers d’art

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La place accordée aux travaux d’ateliers a nettement diminué dans le nouveau parcours des étudiants qui se destinent aux métiers d’art. Cette évolution provoque colère et inquiétude sur le devenir de la filière et la potentielle dévalorisation des diplômes.

 Devant le Conseil d’État, un cercueil a été déposé par les étudiants. Et tout autour, leurs outils de travail : ciseaux à bois, chalumeaux, marteaux, etc. « Ils assassinent nos métiers d’art ! Sans le travail de nos mains, on n’est rien », se désole Claire, une étudiante en ébénisterie. Malgré l’ambiance bon enfant du rassemblement, le message est clair.

Manifestation des étudiants en arts appliqués, rassemblés place du Palais-Royal le 17 décembre 2020.

Derrière cette colère, on trouve une réforme qu’étudiants et professeurs jugent inadmissible. Depuis 2018, un seul et unique diplôme est venu remplacer tous les parcours de formation aux métiers d’art (DMA, BTS et mises à niveau généralistes en arts appliqués) : le diplôme national des Métiers d’art et du Design (DNMADE). Cette formation est de niveau licence et s’effectue en trois ans.

La réforme s’imposait pour mettre en conformité ces formations avec les standards européens et le système L.M.D (licence-master-doctorat). Mais pour le corps professoral, il est illusoire de penser que l’on peut former tout à la fois des designers et des artisans. En effet, certaines spécialités artisanales ne sont enseignées qu’à l’École Boulle, comme la ciselure ou le tournage d’art.

Haut niveau d’exigence

Dans ces formations, les seize heures hebdomadaires prévues initialement pour les travaux d’ateliers ont été rabotées à six ou huit heures au mieux, selon les établissements. « Le bilan est désastreux. La première promotion issue de la réforme va sortir de notre école, et l’excellence n’est pas au rendez-vous », se désole Steven le Prizé, enseignant en ébénisterie à l’École Boulle. Or, ce haut niveau d’exigence est au cœur de ces métiers et fonde sa réputation :  le taux d’embauche des élèves issus de ces formations atteint 97 % en 2020.

Arnaud Magnin, enseignant à l’École Boulle, s’inquiète de l’évolution de la formation au détriment de l’apprentissage du geste manuel en atelier.

Chalumeau à la main, veste noire au liseré bleu-blanc-rouge, Arnaud Magnin, meilleur ouvrier de France 2018, est responsable de l’atelier « conception application métal/monture en bronze » (CAM) de la célèbre école. « Il faut bien comprendre que l’objectif de nos formations, c’est l’insertion professionnelle d’artisans qualifiés, pas la poursuite d’étude ! Et l’apprentissage rigoureux des fondamentaux du geste se fait en atelier, pas ailleurs. »

Soumis aux exigences d’un diplôme fourre-tout, l’ensemble des étudiants et professionnels des métiers se sentent menacés.  Tant et si bien que pour la première fois depuis vingt-et-un ans, les professeurs de l’École Boulle ont fermé leurs ateliers en signe de protestation.

 

Adélaïde de Valence (Texte)

Maxime Amat et Emmanuel Dreuil (photos)