Paris : les travailleurs du sexe dénoncent la violence et la précarité

Une centaine de travailleur.se.s du sexe se sont réuni.e.s à Pigalle, jeudi 17 décembre, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites à leur égard. Ils sont venus protester contre la détérioration de leurs conditions de travail.

« Pas de sales putes, que des sales lois », « L’abolitionnisme tue, votre silence aussi », « Ne me libère pas, je m’en charge », peut-on lire en noir et rouge sur des pancartes blanches. Ils sont une centaine de travailleur.se.s du sexe réuni.e.s ce jeudi 17 décembre place Jean-Baptiste-Pigalle (Paris, 9e) pour faire part de leurs revendications.

« Nous connaissons beaucoup de violences gratuites qui ne sont absolument pas médiatisées. » Cette travailleuse du sexe, qui a tenu à rester anonyme, déplore la mort d’une de ses collègues la semaine dernière, sans en préciser la cause. « Nous souhaiterions être reconnus. Juste exister et être accompagnés, surtout en ces temps sanitaires difficiles. »

« La loi de 2016 rend notre métier plus difficile et dangereux »

Sur le bord d’une marche, deux transgenres attendent qu’un.e militant.e prenne la parole. Elles n’ont pas voulu révéler leurs noms. L’une d’elle, âgée de 21 ans, explique les problèmes de la pénalisation des clients : « Nous avons moins de clients à cause de cette loi qui est passée en 2016. Cela rend notre métier plus difficile et dangereux. » Adoptée le 13 avril 2016, la loi visait à « renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées. », peut-on lire sur le site medecinsdumonde.org. Paradoxalement elle a été à l’origine de plusieurs problèmes recensés sur une page du même site, comme l’amplification de la stigmatisation du travail du sexe.

« On est devenus des victimes »

Lucien, 25 ans, un grand gaillard aux allures d’étudiant renchérit « Avec cette loi notre statut a changé, on est devenus des victimes. Les clients ne veulent plus porter de préservatif. Depuis le taux de cas de VIH a bondi. » Selon le rapport d’une enquête réalisée sur l’impact de la loi contre le « système prostitutionnel », 38% des travailleur.se.s du sexe rencontrent plus de difficultés à imposer le port du préservatif. « La raréfaction des clients a augmenté le pouvoir de ceux-ci à négocier des pratiques sexuelles à risque. » est-il précisé. Les clients négocient aussi le prix, une attitude qu’ils justifient par les risques qu’ils prennent.

Albane Cousin (texte)
Sabrina Dolidze (photo)