Black robe brigade : la défense des libertés publiques en robe noire

Membre de ce collectif né lors de la manifestation contre la réforme des retraites en 2019, Alexis Baudelin revient sur son interpellation du 12 décembre dernier. L’occasion d’évoquer avec lui les raisons de son engagement.

Alexis Baudelin, manteau noir, masque noir et baskets bleues délavées, se tient accoudé au muret de pierre surplombant le métro, à deux pas de la statue de la République. Avocat au barreau de Paris, cet ardent défenseur des libertés publiques appartient à la toute jeune Black robe brigade, la BRB, un groupement d’avocats né lors de la mobilisation contre la réforme des retraites. Interpellé samedi 12 décembre lors de la manifestation pour les libertés, il est retenu 5 heures durant lesquelles il transite par trois commissariats différents avant d’être libéré : le 18e, le 14e et enfin le 13e arrondissement de Paris.

Ce jour-là, aucun appel à manifester n’avait été lancé de la part de la coordination Stop loi sécurité globale. Coordination qui réclame le retrait des articles 21, 22 et 24 de la loi « sécurité globale » et qui rassemble des dizaines d’organisations syndicales et associatives, dont la BRB ; elle considère que « les conditions de sécurité des manifestants et des manifestantes ne sont pas assurées » au regard de la stratégie de maintien de l’ordre observée pendant les précédents rassemblements. C’est pour cette raison qu’Alexis Baudelin ne porte pas la robe lors de cette manifestation, il marche « à titre individuel », caméra fixée sur l’épaule lorsqu’il est interpellé et menotté.

Liberté de manifester en danger

Le drapeau noir qu’il porte est inspiré de l’esprit libertaire. Hautement symbolique à ses yeux, il représente les valeurs « Liberté, égalité, fraternité » dont il considère qu’elles ont été « vidées de leur sens par le gouvernement ». Il mentionne la remise en cause de la liberté de manifester, les inégalités de richesse ou encore une « peur de l’étranger » qui remettent en cause la devise nationale « dans son sens le plus noble ». Alexis Baudelin dit pourtant refuser d’être rattaché à quelconque mouvement politique. La structuration, sans hiérarchie ni porte-parole, des BRB lui convient. Il y apprécie cette envie collective d’être sur le terrain tout en souhaitant rester « irréprochable » aux yeux de leur profession ; et il insiste sur les principes déontologiques prononcés lors du serment d’entrée dans l’ordre : dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. Il confie avoir été tout de suite attiré par les interventions spectaculaires du mouvement.

 

avocats qui manifestent
Des avocats, membres de la Black robe brigade, manifestent contre la loi de sécurité globale entre les places de la République et de la Bastille le 28 Novembre 2020 à Paris.

 

« Le débat est sain pour le progrès des idées »

La BRB sont assez peu connus au sein du barreau de Paris et même si son interpellation semble avoir fait parler du mouvement au palais de justice, leurs idées ne sont pas toujours partagées. « Le débat est sain pour le progrès des idées. », réfute pour sa part l’avocat. Il met l’accent sur l’importance de parler avec ses confrères et ses consœurs, et ce qu’il partage avec ses pairs : la défense des libertés. Il raconte être porté par certains moments « de communion et de convergence » vécus au palais de justice, comme à l’occasion de la mobilisation contre la réforme des retraites en 2019. Les avocats et avocates avaient entonné spontanément le chant des gilets jaunes, en adaptant les paroles : « On est là, on est là, pour l’honneur des défenseurs même si Macron ne le veut pas. »

 

Pauline L (texte)
Sabrina Dolidze (photo)