À Paris, les mesures sanitaires appliquées dans les églises divisent les fidèles

Les catholiques s’apprêtent à célébrer Noël dans le respect des mesures sanitaires. Les contraintes qui leur sont imposées n’affectent pas seulement l’organisation des offices mais aussi l’esprit de partage propre à cette période. Dans les paroisses de l’est parisien, les fidèles oscillent entre crainte et confiance.

Recteur du sanctuaire de Notre-Dame-de-Fatima (Paris, 19e), le prêtre Aurelio reçoit en tenue de jogging. « L’ambiance est très différente cette année. C’est un climat anxiogène fait d’incertitudes et de crainte », affirme-t-il, soucieux. Des rubans adhésifs rouges et blancs collés sur les bancs indiquent les places condamnées dans l’église. Le prêtre s’inquiète de la diminution du nombre de pratiquants : « Nous avons perdu deux tiers de nos fidèles ».  Il confie sa peine quant à l’affaiblissement des liens entre les croyants, et déplore « une réelle perte de la dimension communautaire, essentielle dans la foi chrétienne. »

Devant cette imposante église dite des Portugais, Antonio, professeur à la retraite, soupire : « On est obligés d’accepter les choses comme elles sont ». Ce septuagénaire n’a pas confiance dans la politique sanitaire du gouvernement. Il n’ira pas à la messe de Noël cette année, car il a peur du virus.  D’ailleurs, à Notre-Dame-de-Fatima, on ne prévoit aucun office supplémentaire pour Noël, en raison de la baisse de fréquentation enregistrée par l’église du fait de la pandémie.

En dépit de l’application des mesures sanitaires, les églises enregistrent une baisse drastique de leur fréquentation.

Accueillir tous les fidèles

Du côté de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville (Paris, 20e), Hélène, bénévole au service d’accueil, témoigne d’un climat « très dur en ce moment, car beaucoup de gens ont peur de venir à la messe. Mais je pense que pour Noël, les fidèles seront présents. » Une messe supplémentaire aura lieu le 24 décembre à 16 h 30 pour les familles, l’église ne pouvant accueillir que 300 personnes durant la pandémie, contre 500 en temps normal. Les réservations se font en ligne, ce qui désole Jocelyne, 65 ans : « Comment faire pour réserver quand on n’a pas accès à internet ? »

À Notre-Dame-de-La-Croix, proche de Ménilmontant (Paris, 20e), tout est organisé. Les messes de Noël seront doublées : il y en aura donc quatre. Ainsi tous les fidèles pourront être accueillis, avec une jauge de 170 à 200 personnes à la fois. « Les prêtres ne vont pas chômer. Heureusement, ils sont trois », commente Florence, bénévole laïque à l’accueil. Le 25 décembre, deux offices seront célébrés.

« L’idée, c’est de ne refuser l’entrée à personne », analyse Florence.  Et pour le couvre-feu ? « Aucun problème, il sera levé le 24 décembre », complète -t-elle. Quid des masques ? Pendant l’homélie, les prêtres, à bonne distance des personnes, ne les portent pas. En revanche, au moment de la communion, ils se couvrent le visage et, exceptionnellement, l’hostie est remise aux fidèles de la main à la main, après lavage au gel hydro-alcoolique. « Le but, c’est de passer la messe en sécurité », ajoute un des prêtres de la paroisse.

Conserver la joie de Noël

À Saint-Ambroise (Paris, 11e), l’atmosphère est également détendue. Après le premier confinement, les mesures sanitaires ont été intégrées à l’organisation des offices. Marquage des rangs de chaises à intercaler entre les fidèles, espacement des places assises et port du masque ne posent plus de problèmes. Sœur Marie-Thérèse passera ce Noël comme les autres, en dépit des restrictions imposées : « Je vis cette période brimée à cause des mesures sanitaires. En dehors de ça, Noël reste la venue de notre Sauveur, il n’y a rien de changé. »

Ce qui manque le plus aux croyants pour Marie-France, grand-mère et bénévole responsable de l’accueil, « c’est l’après messe, ce temps où l’on se retrouvait, et qui maintenant laisse place à une dispersion rapide ». Avec douceur, elle conclut : « l’organisation est chamboulée, mais j’aborde tout cela avec confiance car le Christ veille sur nous. On reste dans la joie de Noël. »

 

Géradine Lalu et Lauriane Roger (texte)

Maxime Gruss et Maxime Amat (photo)