À EDF, une restructuration sous haute tension

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Une centaine de militants ont protesté jeudi devant le ministère de l’Économie contre le démantèlement d’EDF. Les syndicats craignent que le projet de l’État de séparer les activités de l’énergéticien soit un premier pas vers sa privatisation.

« On ne laissera pas transformer l’énergie en marchandise », clame Cédric Liechti, secrétaire général de la CGT Énergie Paris. Il dénonce le plan Hercule, « un projet de l’Union européenne que le gouvernement relaie avec zèle ». Plus d’une centaine de militants se sont rassemblés jeudi 17 décembre devant le ministère de l’Économie, dans le 12e arrondissement, pour protester contre le démantèlement d’EDF.

« Hercule » désigne le plan de restructuration d’EDF (détenu à 83,6% par l’État), qui vise à séparer les activités de production d’électricité nucléaire et celles de la vente d’électricité. Autre scénario sur la table : l’entreprise pourrait être scindée en trois branches. La « bleue », dédiée à la production nucléaire, qui resterait publique ; la « verte », qui regrouperait les énergies renouvelables ; Enedis et les activités commerciales, qui seraient ouvertes à la capitalisation, et EDF Azur qui concentrerait les barrages hydroélectriques.

Les prises de parole s’enchaînent pour s’opposer au projet Hercule, qui a pour finalité la vente de la partie la plus rentable d’EDF.

Mobilisation des salariés

Après deux journées d’action et de grève, les 26 novembre et 3 décembre 2020, l’intersyndicale (CGT, CFE-CGC, FCE-CFDT et FO) a de nouveau appelé à la mobilisation des salariés le 17 décembre, dans une soixantaine de sites. La veille, les administrateurs salariés d’EDF ont unanimement voté contre le budget 2021. À Paris, une centaine de militants ont fait le déplacement devant le ministère de l’Économie, dont une majorité de militants CGT.

« J’ai travaillé pendant 40 ans chez EDF et je trouve ça triste qu’on essaye de défaire ce service public essentiel », déclare Bernard, de la CGT. Des syndicalistes d’autres entreprises publiques, comme la RATP, sont présents.

Pour sa part, Rodriguez, 28 ans, en poste à l’agence Enedis de Saint-Maur-des-Fossés, se montre pessimiste : « On sent venir la privatisation. Les gens doivent se mobiliser. Vous savez, pendant le confinement, on était nous aussi en première ligne. On est fiers de travailler pour le service public. »

« EDF n’aura plus les capacités d’investir »

« On se bat pour une entreprise intégrée », explique Serge Allezy, délégué Force ouvrière du Val-de-Marne. Pour lui, il est indispensable que l’ensemble de la filière énergétique reste un service public. « Si l’on vend la branche verte et celle de la distribution, EDF n’aura plus les capacités d’investir. Le grand risque, c’est de ne pas pouvoir assumer le « grand carénage ». » Ce programme s’étend jusqu’en 2025 et vise à améliorer la sûreté des réacteurs du parc nucléaire au-delà de 40 ans. Un investissement lourd représentant 45 milliards d’euros. « Inévitablement, c’est nous, les contribuables, qui finirons par payer la note, sans les avantages d’un service public. »

Le gouvernement assure que le plan Hercule servira justement à donner à EDF les moyens de faire face à cet effort et de participer à la transition écologique. L’entreprise affichait une dette nette de 41,1 milliards d’euros en 2019, qui s’est aggravée avec la crise du COVID. Bernard balaye ces arguments : « Le plan, c’est comme d’habitude : nationaliser les pertes et privatiser les gains. »

« Résister à la pression de l’Europe »

Eric Coquerel, député La France Insoumise, au rassemblement contre le projet Hercule qui vise à démanteler EDF.

« Il s’agit bien de démanteler EDF », martèle Eric Coquerel, député de la France insoumise, qui appelle à « résister à la pression de l’Europe ». « Il en va de la souveraineté énergétique de la France. » La tension entre les syndicats et le gouvernement est montée d’un cran avec la reprise des négociations entre l’exécutif français et la Commission européenne sur la réforme de la régulation nucléaire.

La France veut remplacer le mécanisme ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), qui contraint EDF à vendre un quart de sa production à prix fixe : 42 euros par mégawattheure. Pour relever ce prix de vente tout en respectant le principe de concurrence exigé par Bruxelles, l’entreprise doit être remodelée de façon à la mettre au niveau de ses concurrents. C’est la logique du plan Hercule.

Or, pour beaucoup de syndicalistes, le gouvernement négocie la réforme d’un mécanisme qui, dès le départ, a mis à mal EDF. « Avec l’ARENH, EDF est toujours perdant : les distributeurs privés ne se privent pas pour revendre l’électricité au-dessus du prix du marché, quand ils l’achètent en-dessous de 42 euros à EDF », soupire Serge Allezy. Ce prix fluctue suivant le marché.  Jean-Marc, syndiqué CGT, fustige surtout la mollesse du gouvernement.

Concernant la préservation d’un service public essentiel, l’ambiance électrique n’est pas prête de retomber.

Charles Henry (texte)

Jeff Le Cardiet (photo)