À Montreuil, un nouveau refuge pour les femmes victimes de violences

Cette structure hôtelière, temporairement transformée en centre d’hébergement d’urgence, accueille des familles et des femmes en détresse.

Asma (*) ne voulait plus subir les viols conjugaux dont elle était victime : originaire du Nigeria, elle est arrivée en Europe par l’Italie, après être passée par la Libye. Aujourd’hui, elle se reconstruit à Montreuil dans un nouveau refuge, dont on ne révélera ni le nom ni l’adresse pour protéger ses occupant.e.s. Cette structure hôtelière, fermée à cause de la crise sanitaire, a été temporairement reconvertie en centre d’hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences et, plus généralement, pour les femmes en détresse. Depuis le 1er décembre, vingt-six personnes y sont accueillies, dont seize femmes seules, deux familles et sept enfants. Le temps de se reposer et de trouver une solution pérenne.

Une parenthèse pour reprendre des forces

Selon la responsable du centre, les hôtes ont souvent un parcours migratoire lourd. C’est le cas notamment d’Aya, qui a fui la Côte d’Ivoire après un mariage forcé et le décès d’un enfant. Marie, elle, a pris l’avion. Elle était commerciale en Côte-d’Ivoire et croyait avoir fait un bon mariage. Cependant, elle ne s’est pas entendue avec la nouvelle épouse que lui a imposée son mari. Depuis, elle a tenté de prendre ses distances, mais face aux chantages et aux menaces de son ex-compagnon, elle aussi a choisi l’exil. La recherche d’emploi et ses problèmes de santé l’ont poussée à venir s’installer à Paris. Elle veut désormais retrouver un emploi.

Pour Sophie, c’est une autre histoire : celle d’un burn-out. Épuisée par la maladie de son fils et son parcours médical effréné, elle ne parvenait plus à payer les factures.  Expulsée de son logement, elle a vécu dans la rue pendant trois mois et c’est le 115 qui l’a orientée vers le centre. « J’avais besoin d’aide, je ne m’en sortais plus. » Aujourd’hui, elle s’estime chanceuse. Elle a croisé beaucoup de monde « avec beaucoup d’histoires », ce qui l’aide à tenir le cap. Au centre, elle s’est découvert des capacités créatrices et souhaite trouver un emploi dans la décoration. « Il faut savoir relativiser face aux épreuves », déclare-t-elle. « Ici, on fait les choses qu’on ne faisait plus : se maquiller, des soins du visage… c’est important. » Pour Sophie, comme pour ses compagnes d’infortune, le centre propose une parenthèse pour reprendre des forces.

Texte : Amandine Ban

Photo : Matthieu De La Rochefoucauld

 

(*) Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes qui ont témoigné.