Projet de rénovation à Bagnolet : les habitants restent à la porte

La Ville de Bagnolet s’engage dans un ambitieux projet de rénovation du secteur Porte de Bagnolet – Gallieni. Lancé en septembre pour une durée de dix-huit mois, le réaménagement est très attendu par les habitants et les commerçants. Or ces derniers n’ont pas été informés de la consultation censée les associer au projet.

Trois mois après le lancement d’une étude urbaine sur la rénovation du secteur Porte de Bagnolet – Gallieni, la première consultation publique s’est tenue lundi 14 décembre, avec un « atelier » en ligne pour cause de Covid. L’occasion d’inviter la population à répondre à un questionnaire en vue d’établir un diagnostic en janvier 2021. Ce « projet partagé » sera ensuite présenté à la population à l’horizon 2022. À Bagnolet, les habitants n’étaient visiblement pas au courant de cette consultation. Pourtant, leurs attentes de changement sont grandes.

La concertation, initiée par l’établissement public territorial Est Ensemble, la Ville de Paris et la Ville de Bagnolet, n’a pas été une réussite. Chargée de mission urbaniste à Est Ensemble, Élise Huet révèle que seules 52 personnes étaient connectées sur 100 pré-inscrites. Un échec en termes de communication. Pourtant les enjeux sont d’envergure : plus de 35 000 habitants sont concernés. « On n’a pas du tout entendu parler de cette consultation », confirme Caroline, une habitante de Bagnolet, croisée devant la mairie à l’heure de la pause déjeuner. « Mais c’est une bonne initiative. Il y a plein de choses à dire », renchérit-elle en montrant la place devant l’hôtel de ville vide et sans âme. « Cette ville est triste. Regardez, il y avait là une halle de marché. Elle a été supprimée. On dirait que la municipalité cherche seulement à favoriser la construction d’immeubles. »

Embellir Bagnolet

Hérissée de tours, dont les fameuses Mercuriales qui, jusqu’à récemment, accueillaient des bureaux, Bagnolet s’est construite à partir de la fin des années 1960 autour d’un important nœud de communication routier et autoroutier formé  au croisement du périphérique et de l’échangeur de l’ A3. Aux abords du centre commercial Bel-Est, le vacarme des voitures est incessant. « C’est cette image que les gens retiennent de Bagnolet », regrette Abdelrahmane, bagnoletais depuis 25 ans. « Il faudrait investir pour embellir davantage la ville, avec des fontaines par exemple. » Christine, une artiste de 85 ans qui vit dans le quartier des Coutures, ajoute qu’il faudrait aussi « planter des arbres ». « Ne serait-ce que pour permettre aux gens de se mettre à l’ombre par temps de canicule », renchérit son amie Delphine. Sur le chemin du retour, Yasmina, 65 ans, insiste pour sa part sur l’aspect lugubre du passage sous l’échangeur : « Ça fait plus de vingt ans que je vis ici et rien ne change. »

Ville-dortoir

Lotfi et Abdelrahmane habitent Bagnolet depuis une trentaine d’années. Engagés dans la vie associative et militante locale, ils déplorent que leur ville, devenue « ville-dortoir », n’offre pas de futur à sa jeunesse.

Comme beaucoup d’autres Bagnoletais, Lofti, président de l’association Ziri qui propose des actions sociales et culturelles en France et au Maghreb, n’est pas non plus au courant de l’étude urbaine lancée par Est-Ensemble en septembre. Pour lui, la ville souffre d’un manque d’attractivité. « Vous voyez tous les hôtels de l’autre côté du périphérique ? explique-t-il en regardant vers Paris. La ville aurait dû bénéficier de la manne touristique. Mais les touristes ne viennent pas vers le centre-ville. Ils préfèrent aller vers Paris. » Une situation qui n’est pas près de s’arranger, surtout depuis la mise en liquidation judiciaire de la société de transports en autocar Eurolines le 20 juillet. Abdelrahmane considère que Bagnolet ne parvient pas à se départir de sa réputation de « ville-dortoir ». « Depuis quelques années, on assiste à l’arrivée de bobos, indique-t-il. C’est très bien mais le problème c’est qu’ils ne contribuent pas à dynamiser la vie économique. Ils travaillent à Paris. »

Tout n’est pas négatif. Un élu de la ville tient à souligner, à titre personnel, que le commerce commence à nouveau à se développer. « De ce point de vue, l’arrivée de nouveaux habitants de la classe moyenne ouvre de nouvelles possibilités en termes de consommation. » En plus, la municipalité a démarré un programme de construction d’équipements scolaires. Autant d’indicateurs qui montrent que la ville cherche à redorer son image. Dès lors, l’étude sur le projet de rénovation du secteur porte de Bagnolet – Gallieni lui apparaît comme une opportunité. Il concède toutefois un défaut de communication à ce sujet.

Charles Henry (texte)

Julie Marquaire (photos)