Paris 10e : l’école Paradis devient un hôtel de police

La baisse des effectifs scolaires dans le quartier justifie cette décision, selon la municipalité de l’arrondissement. Les parents sont scandalisés.

Au numéro 20 de la rue de paradis dans le 10e arrondissement de Paris, une école a fermé pour laisser la place à… un hôtel de la police municipale.

Doter Paris d’une police municipale était inscrit dans les promesses de campagne de la maire Anne Hidalgo. Le projet figurait aussi dans l’article 4 de la loi de Sécurité globale, qui vise notamment à renforcer les pouvoirs de la police. Toutefois, auprès des associations de parents d’élèves, le fait de transformer une école en QG d’une brigade de police passe mal.

« Nous sommes choqués par le symbole. Ce n’est pas un bon signe pour l’avenir. Dans le contexte actuel, c’est révélateur de la place que le gouvernement accorde à l’école », s’alarme Mélina Degorge Lavigne, la présidente du conseil local de la FCPE (fédération des conseils de parents d’élèves) du 10e arrondissement.

L’affaire prend un tour politique. Le groupe Europe Écologie Les Verts (EELV) s’engage à s’exprimer sur le sujet lors du prochain Conseil de Paris qui se tient du 15 au 17 décembre. Les parents d’élèves ont encore l’espoir de faire pression et de voir la Mairie revenir sur sa décision.

Un collectif de parents qui a réuni 450 signatures en demande l’annulation. « On est atterrés, mais on a envie de se battre, ajoute François Teysonnière, qui a pris la tête de la manifestation organisée le samedi 12 novembre devant la mairie. « Dans le contexte sanitaire actuel, télétravail, crise économique, parcs fermés… on aurait pu attendre un an de plus. On aurait pu comprendre. Mais là, encore une fois, on nous impose des choses. » « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ! », haranguait Victor Hugo.

L’école était fermée depuis 14 mois pour travaux. Les parents, informés au détour d’un conseil d’école, reprochent à la direction de l’établissement son manque de concertation. « La démocratie participative d’Hidalgo elle est où ? On est ignorés ! », s’indigne François Teysonnière.

L’école Paradis du 10e arrondissement va devenir un hôtel de police.

Du côté de la mairie, on avance l’argument d’une chute démographique dans le quartier pour expliquer ce choix. « Dans cette école, au lieu de 117 enfants inscrits en septembre, il n’y a eu que 92 inscriptions », indique Eric Algrain, premier adjoint à la maire du 10e et responsable des affaires scolaires. D’après le rectorat, la fréquentation des écoles de cet arrondissement est passée de 1441 à la rentrée 2016-2017 à 1087 en septembre 2020. Plus que 50 classes contre 60 auparavant.

La France avant-dernière du classement de l’OCDE pour les effectifs en maternelles

Les 92 élèves de l’école de Paradis ont été répartis dans deux écoles avoisinantes du 20e arrondissement, ce qui aurait eu pour effet d’augmenter les effectifs des classes dans ces écoles de 20 à 27 élèves. Or, « les tout-petits demandent une attention particulière, souligne le parent d’élève. Selon un classement de l’OCDE, les maternelles de France ont des effectifs moyens de 21,3 élèves. Nous sommes les pires du classement, juste après le Royaume-Uni ».

Céline Coussens (texte)

Ségolène Ragu (photo)